Québec reporte à 2028 le déploiement complet des guichets pour accélérer les diagnostics de cancer
L’objectif, qui devait initialement être atteint en 2026, a entre autres été ralenti par le manque de personnel..
Le gouvernement du Québec a annoncé un report du déploiement complet des guichets d’investigation rapide en cancérologie de 2026 à 2028. Ces guichets visent à réduire les délais entre la suspicion d’un cancer et son diagnostic pour quatre types de cancers principaux : le poumon, le sein, colorectal et la prostate. Initialement prévus pour être opérationnels dans toute la province d’ici 2026, ils ne le seront finalement qu’à partir du 31 mars 2028. Ce report s’explique notamment par des retards dans certaines régions et un manque de personnel qualifié pour mettre en place ces services.
Les guichets d’investigation rapide en cancérologie sont des dispositifs mis en place pour accélérer le parcours de soins des patients suspectés d’avoir un cancer. Lorsqu’un médecin de famille ou une infirmière praticienne spécialisée (IPS) soupçonne un cancer, le guichet permet d’organiser plus rapidement les examens nécessaires pour confirmer ou infirmer le diagnostic. L’objectif est de réduire l’attente entre la suspicion et le début des traitements, ce qui améliore les chances de survie et limite la gravité des traitements. Par exemple, Karina Miron, 42 ans, a dû attendre plus de cinq mois avant d’obtenir la confirmation d’un cancer du sein de stade 3, une situation qui aurait pu être évitée avec un accès plus rapide aux examens.
Pour mettre en place ces guichets, le gouvernement québécois a investi plus de 24 millions de dollars. Près d’une trentaine d’établissements de santé, dont d’anciens CIUSSS (Centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux) et CISSS (Centres intégrés de santé et de services sociaux), ont reçu des fonds. Cependant, tous les établissements ne sont pas tenus d’offrir des guichets pour les quatre types de cancers ciblés. Les données disponibles montrent des disparités régionales : 85 % des établissements visés pour le cancer du poumon ont implanté un guichet, contre seulement 15 % pour le cancer de la prostate. Certaines régions comme Lanaudière et la Côte-Nord n’ont mis en place qu’un seul des quatre guichets prévus.
Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) du Québec a identifié plusieurs raisons expliquant les retards dans le déploiement des guichets. Le manque de personnel qualifié est l’une des principales causes, car ces services nécessitent des professionnels formés pour organiser et réaliser les examens rapidement. Une autre difficulté a été l’incertitude concernant la stabilité des financements alloués à ce projet. Marie-Christine Patry, porte-parole du MSSS, a précisé qu’un financement stable a finalement été confirmé, mais que les modalités d’attribution sont encore en cours de finalisation par Santé Québec. Certains établissements ont également choisi de développer des guichets pour d’autres types de cancers non prévus initialement, comme le gynéco-oncologie au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM).
Le report du déploiement des guichets a des conséquences directes sur les patients, comme l’illustre le cas de Karina Miron. Après avoir remarqué une bosse anormale à son sein, elle a dû attendre plus de cinq mois avant d’obtenir un diagnostic de cancer de stade 3. Cette attente prolongée a généré un stress important et a permis à la tumeur de grossir, nécessitant une mastectomie totale (ablation complète du sein). David Raynaud, gestionnaire principal à la Société canadienne du cancer, rappelle que plus un cancer est détecté tôt, plus les traitements sont moins lourds et les chances de survie augmentent. Le report des guichets risque donc d’aggraver les situations pour de nombreux patients avant 2028.
Malgré les retards, le gouvernement québécois maintient son objectif de déployer ces guichets dans l’ensemble des établissements visés d’ici le 31 mars 2028. Ce délai supplémentaire permettra de résoudre les problèmes de personnel et de finaliser les modalités de financement. Le nouveau plan d’action en cancérologie, publié en juillet 2024, confirme cette échéance. Cependant, les disparités régionales pourraient persister, car certains établissements continueront de se concentrer sur des types de cancers spécifiques en fonction de leur expertise. L’enjeu reste de garantir un accès équitable à ces services pour tous les Québécois, quel que soit leur lieu de résidence.

