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Généraliste

Ruba Ghazal et Québec solidaire à l’épreuve du réel

Le Devoir · mis à jour il y a 7 j

Pour gagner des votes, la leader solidaire joue la carte du pragmatisme tout en donnant des gages à sa base..

Entretien avec Ghazal

Ruba Ghazal, co-porte-parole de Québec solidaire (QS), a accordé une entrevue de 70 minutes à Le Devoir en septembre 2026, dans le cadre d’une série d’entretiens avec les chefs de parti avant les élections québécoises prévues le 5 octobre 2026. Elle y défend le programme de son parti, mettant en avant un pragmatisme économique marqué, une volonté de se distancier des critiques passées sur la gestion des finances publiques et une approche concrète pour répondre aux préoccupations des Québécois. Ghazal, qui vise le poste de première ministre, insiste sur la nécessité de rassurer les électeurs indécis, qui représentent 41 % des intentions de vote selon un sondage Léger du 7 septembre 2026. Son slogan, « C’est possible », reflète cette ambition de rendre réalistes des propositions perçues comme ambitieuses.

Pragmatisme économique

Québec solidaire (QS) présente cette année un cadre financier plus rigoureux pour répondre aux critiques sur sa gestion passée. Le parti propose un retour à l’équilibre budgétaire dès la troisième année de gouvernement, avec un échéancier précis. Pour se prémunir contre les incertitudes économiques, notamment les tensions commerciales avec les États-Unis sous l’administration Trump, QS crée une enveloppe de 2 milliards de dollars appelée « Provision Trump ». Cependant, certaines promesses phares comme la gratuité universitaire, la gratuité des transports ou un revenu minimum garanti ne figurent pas dans ce cadre financier, car jugées irréalisables en quatre ans. Ruba Ghazal assume ces choix, soulignant que « c’est important d’avoir un cadre financier qui tienne compte de l’ambition, mais aussi de la responsabilité ». Malgré cette volonté de réalisme, des contradictions persistent, comme la suspension des versements au Fonds des générations, censé préparer l’avenir.

Stratégie électorale

Ruba Ghazal mise sur les électeurs indécis, qui représentent 41 % des intentions de vote, pour propulser Québec solidaire (QS) vers une percée électorale. Son parti, crédité de seulement 10 % des intentions de vote et de 8 sièges (6 à Montréal et 2 à Québec) après deux semaines de campagne, reste loin de la majorité absolue (64 sièges). Ghazal reconnaît les défis, notamment au sein de sa propre base : selon un sondage Léger/Le Journal/TVA du 7 septembre 2026, seulement 58 % des électeurs de QS la considèrent comme la meilleure candidate pour le poste de première ministre, un score inférieur à celui des autres chefs de parti. Pour convaincre, elle met en avant des propositions populaires comme l’encadrement des loyers pour lutter contre la crise du logement, la taxation des grandes fortunes ou la lutte contre la vie chère. Malgré ces efforts, ces idées peinent à se traduire en gains électoraux.

Identité et laïcité

Ruba Ghazal doit aussi répondre à des critiques concernant la capacité de Québec solidaire (QS) à défendre l’identité québécoise. Certains électeurs lui reprochent de ne pas assez mettre en avant les valeurs traditionnelles du Québec. Ghazal réaffirme pourtant son attachement à la laïcité de l’État, un principe central pour QS, tout en critiquant la loi 21, qui interdit le port de signes religieux pour certains employés de l’État. Elle insiste sur la nécessité de protéger la laïcité, tout en dénonçant cette loi qu’elle juge discriminatoire. Ce positionnement cherche à concilier les valeurs progressistes du parti avec les attentes d’une partie de l’électorat québécois sur les questions identitaires.

Ce que ça pourrait changer

La question de l’**indépendance du Québec** et des relations avec les **Premières Nations** représente un autre défi pour Ruba Ghazal. Québec solidaire (QS) s’engage à discuter d’un **processus référendaire** avec le Parti québécois (PQ), mais cette perspective divise sa base, notamment sur les questions d’immigration et d’identité. Ghazal reconnaît que les Premières Nations pourraient adopter une position pragmatique : *« Ce que les Premières Nations vont dire, c’est “faites votre affaire, commencez par faire le pays, puis on va négocier” »*. Elle suggère que la question doit être abordée différemment, en priorisant d’abord la création d’un État québécois indépendant avant d’engager des négociations avec les communautés autochtones. Cette approche vise à concilier les aspirations indépendantistes de QS avec les réalités complexes des relations avec les Premières Nations.

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