Des « robots de laboratoire » aux « combattants » : comment l’APL se prépare au déploiement d’humanoïdes armés
Depuis 2024, l’Armée populaire de libération multiplie les réflexions et initiatives pour mettre au point les premiers robots humanoïdes à usage militaire. L’article Des « robots de laboratoire » aux « combattants » : comment l’APL se prépare au déploiement d’humanoïdes armés est apparu en premier sur Le Grand Continent..
L’Armée populaire de libération (APL), principale force militaire de la Chine, étudie depuis 2024 le déploiement de robots humanoïdes à des fins militaires. Cette initiative s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’évolution des technologies de combat, inspirée notamment par les avancées observées lors de la guerre en Ukraine. L’APL considère ces robots comme une étape majeure pour moderniser ses forces armées. La Chine domine actuellement le secteur des robots humanoïdes, produisant près de 90 % des unités livrées dans le monde en 2025, contre seulement 13 % pour les États-Unis. Selon la banque Barclays, la Chine pourrait compter 24 millions de ces robots d’ici 2035, soit cinq fois plus que le reste du monde. L’objectif est de transformer ces machines, initialement conçues pour des usages industriels ou scientifiques, en véritables « outils de combat » capables d’opérer sur le terrain.
Plusieurs institutions chinoises jouent un rôle central dans ce projet. L’Université nationale de défense technique (NUDT), principal institut de recherche de l’APL, et l’Académie des sciences militaires organisent régulièrement des forums pour explorer les applications militaires des robots humanoïdes. En novembre 2025, Wang Yonghua, chercheur à l’Institut d’études de guerre de l’Académie des sciences militaires, a souligné l’urgence de développer des systèmes de combat intelligents sans pilote, affirmant que ces robots deviendraient incontournables une fois les coûts de production réduits et leur fabrication industrialisée. En août 2026, Shí Língfēng, auteur proche de l’APL, a appelé à accélérer la transition des robots de laboratoire vers des équipements opérationnels, capables de « remporter la victoire » sur le champ de bataille. Ces déclarations reflètent une volonté politique et stratégique claire de la part de la Chine.
Bien qu’aucun robot humanoïde ne soit encore déployé en unité opérationnelle, l’APL utilise ces technologies à des fins de propagande. En juillet 2026, la série « Maîtriser la victoire » (制胜), produite par des médias d’État comme CCTV-7, a montré des robots quadrupèdes inspirés de modèles comme le Spot de Boston Dynamics, équipés de lance-roquettes, ainsi que des drones et des robots terrestres chargés d’approvisionner les soldats. En décembre 2025, le Commandement du Théâtre d’opérations de l’Est a publié une vidéo générée par intelligence artificielle (IA) illustrant un scénario d’invasion de Taïwan, incluant des essaims de drones, des animaux robotisés et des dizaines de robots humanoïdes agissant en unité coordonnée. Ces productions visent à démontrer la supériorité technologique de la Chine et à préparer l’opinion publique à l’émergence de ces nouvelles armes.
L’APL mène également des recherches sur l’intégration des robots dans les opérations militaires aux côtés des soldats humains. En 2025, des chercheurs de la NUDT ont imaginé un scénario où des humanoïdes, des chiens robots et des véhicules sans pilote collaboreraient avec des troupes pour nettoyer un bâtiment occupé par l’ennemi. Cette approche reflète une volonté de combiner les forces humaines et artificielles pour améliorer l’efficacité au combat. Les travaux s’inscrivent dans une logique de modernisation accélérée, où la robotisation est perçue comme une nécessité stratégique pour faire face aux défis futurs, notamment dans des environnements hostiles ou lors d’opérations de grande envergure.
Malgré ces avancées, la Chine n’a pas encore déployé de robots humanoïdes en situation réelle au sein de l’APL. Les experts soulignent que plusieurs obstacles persistent, notamment la fiabilité des systèmes, leur coût de production et leur adaptation aux conditions réelles du combat. Cependant, les investissements massifs et les recherches en cours indiquent une volonté forte de surmonter ces défis. La Chine mise sur une industrialisation rapide de ces technologies pour en faire un pilier de sa stratégie militaire à moyen terme, tout en utilisant la propagande pour renforcer sa crédibilité et son influence sur la scène internationale.

