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Géopolitique

Au Yémen, le risque d’un nouvel engrenage aux retombées planétaires

Courrier International · mis à jour 25 sept.

La victoire éclair des houthistes et le contrôle du détroit de Bab El-Mandeb auront indéniablement des conséquences sur le Yémen et sur la guerre contre l’Iran. La situation pourrait même engendrer un nouveau conflit d’une ampleur inédite au Moyen-Orient, s’inquiète “Arab Digest”.

Victoire éclair houthiste

Les rebelles houthistes, soutenus par l’Iran, ont remporté une victoire rapide et inattendue au Yémen en prenant le contrôle de vastes territoires, notamment 5 000 km² de terrain. Cette avancée leur permet de dominer des zones stratégiques, dont le détroit de Bab El-Mandeb, une voie maritime cruciale reliant la mer Rouge à l’océan Indien. Ce détroit est l’un des points de passage les plus fréquentés au monde pour le commerce maritime, avec environ 12 % du trafic mondial de pétrole transitant par cette route. Les houthistes, un mouvement armé chiite originaire du nord du Yémen, ont ainsi consolidé leur emprise sur des nœuds vitaux, affaiblissant considérablement la position de leurs adversaires, notamment l’Arabie saoudite et ses alliés.

Échec de la coalition saoudienne

La coalition dirigée par l’Arabie saoudite, qui soutenait le gouvernement yéménite reconnu internationalement, a subi un revers cuisant. Cette coalition, composée de groupes tribaux, du parti Al-Islah (proche des Frères musulmans), des forces de Tarek Saleh (neveu de l’ancien président Saleh) et de la brigade des Géants (une force d’élite), manquait de coordination et d’un commandement centralisé. Malgré des moyens militaires importants, cette alliance fragile a échoué à neutraliser les houthistes. Le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane (surnommé MBS), avait ordonné une offensive terrestre pour vaincre les rebelles, mais celle-ci s’est soldée par un échec, révélant les limites de la stratégie militaire et politique de Riyad dans la région.

Menace sur l’économie mondiale

La prise de contrôle du détroit de Bab El-Mandeb par les houthistes a des répercussions bien au-delà du Yémen. Ce détroit est une artère majeure pour le commerce mondial, notamment pour les exportations de pétrole saoudien. Toute perturbation dans cette zone peut entraîner une hausse des prix du pétrole, avec des conséquences en cascade sur l’économie globale. Les Saoudiens, déjà confrontés à des difficultés financières croissantes, voient leurs capacités d’exportation réduites. Par ailleurs, les houthistes ont menacé de bloquer le passage des navires, ce qui pourrait aggraver encore la crise énergétique et économique internationale.

Tensions entre l’Arabie et l’Iran

L’Arabie saoudite accuse l’Iran de soutenir les houthistes, une affirmation que Téhéran dément. Cette rivalité entre les deux puissances régionales, l’Arabie saoudite (sunnite) et l’Iran (chiite), s’inscrit dans un conflit plus large pour l’influence au Moyen-Orient. Les houthistes, bien que principalement motivés par des revendications locales, sont perçus comme un proxy de l’Iran, ce qui alimente les tensions. Riyad a demandé à deux reprises à l’administration américaine de Donald Trump de frapper les houthistes, mais ces demandes ont été rejetées. Cette situation pourrait dégénérer en un nouveau conflit d’ampleur inédite au Moyen-Orient, avec des retombées imprévisibles.

Crise politique et militaire

L’échec de la coalition saoudienne a des conséquences politiques et militaires majeures pour l’Arabie saoudite. Le prince Mohammed ben Salmane (MBS) se retrouve dans une position de vulnérabilité inédite, avec un éventail de choix stratégiques réduit. Les difficultés financières du royaume, aggravées par la baisse des revenus pétroliers, limitent ses options. Par ailleurs, la perte de contrôle sur des territoires clés au Yémen affaiblit la crédibilité de MBS, qui avait fait de la lutte contre les houthistes une priorité de sa politique étrangère. Cette situation pourrait fragiliser davantage la stabilité interne du pays et sa position sur la scène internationale.

Ce que ça pourrait changer

La victoire des houthistes et leur contrôle sur le détroit de Bab El-Mandeb pourraient déclencher une escalade des tensions au Moyen-Orient. Les houthistes, désormais plus puissants, pourraient intensifier leurs attaques contre les intérêts saoudiens et internationaux dans la région. L’Iran, déjà impliqué dans plusieurs conflits par procuration, pourrait voir dans cette situation une opportunité d’étendre son influence. Une intervention militaire directe de l’Arabie saoudite ou de ses alliés, comme les États-Unis, n’est pas exclue, ce qui pourrait plonger la région dans un nouveau conflit d’une ampleur sans précédent depuis des décennies.

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