Des archéologues ont retrouvé une épave vieille de 400 ans, et à son bord une véritable capsule temporelle
Près de soixante objets ont été mis au jour sur une épave vieille de quatre siècles, dans la mer Baltique, au nord-est de l'Allemagne. Un objet particulier bouscule les certitudes des scientifiques..
Lors de travaux d'aménagement pour le passage d'un gazoduc dans la baie de Greifswald, au nord-est de l'Allemagne, une épave vieille de 400 ans a été mise au jour. Les ouvriers ont découvert un navire enfoui sous la vase, contenant environ soixante objets. Les chercheurs ont disposé de seulement douze jours pour extraire ces artefacts avant que les travaux ne reprennent. Pour y parvenir, ils ont effectué vingt-deux plongées à une profondeur de 7,5 mètres. Cette découverte s'inscrit dans un contexte géographique précis : la baie de Greifswald, située en mer Baltique, est une zone où les épaves anciennes sont parfois préservées grâce à des conditions environnementales favorables, comme l'absence d'oxygène dans l'eau.
L'analyse de l'épave a révélé que le navire était probablement amarré dans la baie lorsqu'il a coulé. Plusieurs indices étayent cette hypothèse : deux ancres en fer forgé, une bouée en bois et de longues cordes ont été retrouvées à bord. La coque du bateau était construite selon une technique appelée clin, où les planches de bois sont superposées comme des tuiles de toit et fixées par des clous en fer, puis imperméabilisées avec du goudron. Cette méthode, courante à l'époque, permettait une meilleure étanchéité. La dendrochronologie, une technique qui analyse les cernes des arbres pour dater le bois, a permis d'établir que les planches provenaient d'arbres abattus entre 1615 et 1639.
Les traces de bois brûlé découvertes sur l'épave suggèrent qu'un incendie serait à l'origine du naufrage. Le navire, amarré dans la baie, aurait pris feu avant de couler. Cette hypothèse est renforcée par le fait que la coque, bien que partiellement conservée, mesure seulement 7,3 mètres de long, indiquant que le reste du navire a probablement été détruit par les flammes. Les chercheurs n'ont pas trouvé d'autres explications claires à ce naufrage, mais l'incendie reste la piste la plus plausible. Cette découverte illustre les dangers encourus par les marins de l'époque, où un simple incendie pouvait entraîner la perte d'un navire.
À bord du navire, les archéologues ont découvert une véritable capsule temporelle, c'est-à-dire un ensemble d'objets qui offrent un aperçu de la vie à bord il y a 400 ans. Parmi les artefacts les plus remarquables, un tuyau de pompe de cale en chêne, mesurant 3,7 mètres de long, a été retrouvé. Ce tuyau servait à évacuer l'eau qui s'infiltrait dans la coque, un problème récurrent pour les navires de l'époque. D'autres outils, comme des ciseaux, des forets et du matériel d'affûtage, ont également été découverts. Ces objets témoignent des réparations et de l'entretien constants nécessaires pour maintenir un navire en état de naviguer.
Un objet particulièrement intrigant a été retrouvé : une brique d'argile jaune, encastrée dans du bois et percée de plusieurs trous. Les chercheurs pensent qu'il s'agit d'un outil d'affûtage improvisé, fabriqué à partir d'un outil endommagé ayant une fonction similaire. Cet artefact a ensuite été monté dans un boîtier en bois nouvellement fabriqué. Cette découverte montre l'ingéniosité des marins de l'époque, capables de recycler et de réutiliser des matériaux pour répondre à leurs besoins. Elle illustre également l'importance des outils à bord d'un navire, où chaque objet pouvait faire la différence entre la survie et la perte du bateau.
Pour permettre aux chercheurs de poursuivre leurs investigations, le tracé du gazoduc a été modifié. Cette décision a permis de préserver d'éventuels autres vestiges encore enfouis dans la vase. Des recherches supplémentaires sont prévues, et de nouveaux artefacts pourraient être découverts. Michal Grabowski, archéologue à l'université de Varsovie, compare cette épave à une *petite capsule temporelle*, soulignant son importance pour comprendre l'histoire de la navigation dans la baie de Greifswald. Cette découverte s'inscrit dans un projet plus large visant à documenter et protéger le patrimoine maritime de la région.

