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Généraliste

En Allemagne, une victoire pour l’extrême droite, Poutine et Trump

Le Devoir · mis à jour 8 sept.

Le scrutin en Saxe-Anhalt a mis en lumière leur influence conjointe dans la montée des régimes radicaux dans le monde..

Victoire historique AfD

Le parti d’extrême droite allemand Alternative für Deutschland (AfD) a remporté les élections locales en Saxe-Anhalt, un État de l’est de l’Allemagne, avec 43,8 % des suffrages. Il s’agit de son meilleur résultat depuis sa création, avec une progression de 10 points par rapport aux dernières élections régionales en 2021. La participation a atteint un niveau record de 77,8 %, soit 18 points de plus qu’en 2021. Cette victoire marque un tournant, car l’AfD a réussi à attirer près de 290 000 nouveaux électeurs, souvent des abstentionnistes ou des électeurs ayant changé de camp. Le parti est dirigé par Ulrich Siegmund, qui compte près de 950 000 abonnés sur TikTok, une plateforme clé pour sa campagne. L’AfD a axé sa communication sur des thèmes comme l’expulsion des immigrés en situation irrégulière, malgré un taux d’étrangers très faible dans la région (le plus bas d’Allemagne).

Réactions de Musk et Trump

Elon Musk, milliardaire américain et propriétaire du réseau social X (ex-Twitter), a salué cette victoire en publiant « Gut Gemach! » (« bien joué » en allemand) sur X. Musk, figure controversée du national-populisme mondial, a déjà montré son soutien à des mouvements extrêmes, comme en janvier 2025 lors d’un rassemblement de Donald Trump à Washington, où il a repris un salut associé à l’extrême droite. Trump, revenu à la Maison-Blanche en 2024 après une interruption de son mandat, incarne lui aussi ce courant politique. Les deux hommes, bien que rivaux aux États-Unis, partagent une idéologie commune avec l’AfD : le rejet de l’immigration, la méfiance envers les médias traditionnels et une critique des institutions démocratiques. Leur soutien, même symbolique, renforce la légitimité de l’extrême droite en Europe.

Rôle de l’IA et réseaux sociaux

L’intelligence artificielle (IA) et les réseaux sociaux ont joué un rôle central dans la campagne de l’AfD. Les algorithmes de plateformes comme TikTok ou X amplifient la désinformation et les discours radicaux, en ciblant notamment les jeunes et les électeurs peu politisés. Ulrich Siegmund, chef de l’AfD en Saxe-Anhalt, a utilisé ces outils pour élargir son audience au-delà de sa base traditionnelle. Les autorités allemandes ont alerté sur un climat en ligne délétère, marqué par des attaques contre les médias, des accusations de fraude électorale et des appels à la violence. L’IA, dont certaines technologies sont promues par Elon Musk, facilite la diffusion de fausses informations et de contenus polarisants, contribuant à radicaliser une partie de l’électorat.

Influence russe et guerre hybride

La Russie de Vladimir Poutine mène depuis des années une guerre hybride contre l’Allemagne, visant à affaiblir l’Union européenne (UE) et à réduire l’influence de Berlin. Cette stratégie inclut des campagnes de désinformation, des attaques contre les institutions démocratiques et des tentatives d’ingérence électorale. En Saxe-Anhalt, les services de sécurité allemands ont identifié une nouvelle tactique : Moscou n’a pas directement ciblé les électeurs locaux, mais a cherché à influencer des abonnés américains de X, notamment dans les milieux proches du mouvement MAGA (« Make America Great Again »), lié à Trump. L’objectif était de créer une complicité idéologique entre les États-Unis et la Russie pour soutenir la montée des extrêmes en Europe. Cette approche a déjà été observée en Roumanie en 2024, où un candidat d’extrême droite, Călin Georgescu, avait été propulsé en tête d’un scrutin avant que le vote ne soit annulé pour suspicion d’ingérence russe.

Alliances AfD avec Poutine et Trump

L’AfD entretient des liens étroits avec les gouvernements de Vladimir Poutine et de Donald Trump. Dans son programme de 156 pages, le parti propose notamment de développer l’enseignement du russe dans les écoles allemandes pour renforcer les relations entre les deux pays. Lors d’une visite en Allemagne en 2025, le vice-président américain J.D. Vance a choisi de s’afficher publiquement aux côtés d’Alice Elisabeth Weidel, co-cheffe de l’AfD, plutôt que de rencontrer le chancelier allemand Olaf Scholz. Cette alliance entre l’extrême droite allemande, la Russie et les États-Unis sous Trump illustre une rupture avec l’ordre géopolitique traditionnel. Elle envoie un signal d’alarme aux démocraties occidentales, où le national-populisme gagne du terrain en capitalisant sur la lassitude des électeurs face aux partis traditionnels.

Ce que ça pourrait changer

La victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt marque un tournant pour l’Allemagne, où l’extrême droite n’avait plus été aussi forte depuis la fin du régime nazi il y a 80 ans. Ce résultat expose l’influence conjointe de la Russie et des États-Unis sur la politique allemande, ainsi que la capacité des réseaux sociaux à radicaliser l’électorat. La Saxe-Anhalt, l’un des États les plus pauvres et les plus âgés du pays, illustre aussi comment le discours anti-immigration peut séduire dans des régions où la population étrangère est très faible. Cette victoire pourrait encourager d’autres partis d’extrême droite en Europe, où le national-populisme progresse. Elle pose aussi la question de la résilience des institutions démocratiques face à la désinformation et aux ingérences étrangères.

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