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Géopolitique

La rougeole explose aux États-Unis de Donald Trump

Le Grand Continent · mis à jour il y a 10 h

Face à la pire épidémie de rougeole depuis trente-cinq ans, Robert F. Kennedy Jr.

Épidémie record aux États-Unis

Les États-Unis connaissent en 2026 la pire épidémie de rougeole depuis 35 ans, avec plus de 2 300 cas déclarés à l’été 2026. En 2024, on comptait 285 cas, puis 2 289 en 2025, des chiffres inédits depuis 1992. Cette flambée coïncide avec l’arrivée de Robert F. Kennedy Jr. au poste de secrétaire à la Santé en février 2025. Les États-Unis, qui avaient officiellement éliminé la rougeole en 2000, risquent de perdre ce statut d’ici l’automne 2026 si la transmission du virus persiste au-delà de 12 mois. Cette situation les placerait aux côtés d’autres pays développés comme le Royaume-Uni ou la Grèce, où la maladie est redevenue endémique en raison d’une couverture vaccinale insuffisante.

Rougeole : un virus très contagieux

La rougeole est l’un des virus les plus contagieux au monde, avec un taux de reproduction (R0) estimé entre 12 et 18. Cela signifie qu’une personne infectée contamine en moyenne 15 autres. À titre de comparaison, le Covid-19 avait un R0 de 2,5 à 3 pour la souche initiale de 2020, et de 8 à 10 pour le variant Omicron. Bien que peu mortelle (1 décès pour 1 000 cas), la rougeole n’est pas anodine : elle entraîne 9 % d’hospitalisations, parfois en soins intensifs, ce qui pèse sur un système de santé déjà fragilisé. Les nourrissons de 6 à 12 mois sont particulièrement vulnérables, car trop jeunes pour être vaccinés et dépendants de l’immunité collective.

Amnésie immunitaire : le danger caché

La rougeole provoque une amnésie immunitaire : elle détruit une partie des lymphocytes « mémoire », ces cellules qui permettent au système immunitaire de reconnaître et combattre les infections déjà rencontrées. Résultat, l’organisme doit « réapprendre » à se défendre contre des maladies qu’il maîtrisait, ce qui augmente le risque d’autres infections dans les 2 à 3 ans suivant l’infection. Des études publiées dans Science en 2019 comparent cet effet à un « mini effet VIH », bien que les différences restent majeures. Cette surmortalité indirecte transforme l’épidémie en une « bombe à retardement » pour la santé publique.

RFK Jr. : un antivax modéré

Avant sa nomination comme secrétaire à la Santé par Donald Trump, Robert F. Kennedy Jr. (RFK Jr.) avait relayé des thèses scientifiquement discréditées, comme le lien entre vaccins et autisme, et conseillé aux parents de ne pas vacciner leurs enfants. Confirmé de justesse par le Sénat en février 2025 (52 voix contre 48), il a opéré un virage à 180 degrés sous la pression du Congrès, niant ses anciens propos. Sur le site des CDC, il affiche désormais que « deux doses offrent la meilleure protection possible » contre la rougeole, tout en retirant la mention selon laquelle les vaccins ne causent pas l’autisme. Cette stratégie vise à ménager Donald Trump, partisan de cette théorie, sans provoquer la fronde des républicains pro-vaccins.

Politique vaccinale : double langage

RFK Jr. adopte une position de « antivax modéré, passif-agressif ». Bien que les CDC affichent officiellement que les vaccins sont sûrs et efficaces, le site a modifié en 2025 sa formulation sur le lien entre vaccins et autisme, laissant entendre que ce lien n’a pas été exclu. Cette ambiguïté répond à une équation politique : satisfaire l’aile antivax du Parti républicain, dont Donald Trump, tout en évitant une révolte des élus républicains pro-vaccins. Sa proximité affichée avec des figures comme le quarterback Aaron Rodgers, connu pour ses positions antivax, illustre cette stratégie de compromis.

Ce que ça pourrait changer

La résurgence de la rougeole aux États-Unis illustre les risques d’une politique vaccinale affaiblie. Avec plus de 2 300 cas en 2026, le pays risque de perdre son statut d’élimination de la rougeole, obtenu en 2000. Cette situation met en lumière les tensions au sein du Parti républicain, divisé entre une aile pro-vaccins et une autre sceptique, ainsi que les conséquences d’un double langage politique sur la santé publique. La crise sanitaire actuelle pourrait avoir des répercussions économiques et sociales durables, notamment en raison de la surcharge des hôpitaux et de la désorganisation des services de santé.

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