La consultation des principaux sites d’information a chuté de près de 25 % en un an
Alors que la vague exceptionnelle de « pics de chaleur » et d’incendies de forêts aurait a priori dû amener de nombreux internautes à s’informer, les 40 plus importants sites d’information français ont vu chuter leur trafic de près de 20 % en août, et de 10 à plus de 50 % en un an. […].
En France, la fréquentation des sites et applications d'information a chuté de près de 23 % en un an, passant de 2,14 milliards de visites en septembre 2025 à 1,70 milliard en septembre 2026. Cette baisse est mesurée par l'Alliance pour les chiffres de la presse et des médias (ACPM), un organisme indépendant qui certifie les audiences des médias numériques en France. À titre de comparaison, l'ensemble des sites et applications numériques (tous secteurs confondus) n'ont reculé que de 4 % sur la même période. Cette chute touche particulièrement les sites web d'information, dont le trafic a diminué de 23 %, tandis que les applications mobiles résistent mieux avec une baisse de 9,4 %. Les disparités entre médias sont importantes : certains sites perdent plus de la moitié de leur audience, comme LePoint.fr (-57,5 %) ou Marianne.fr (-51,7 %).
L'algorithme Google Discover (anciennement Google Feed), qui recommande automatiquement des articles en fonction des centres d'intérêt des utilisateurs, est devenu la principale source de trafic pour la presse française. En juin 2025, il représentait plus de 70 % du trafic provenant de Google pour les médias. Cependant, depuis juillet 2026, l'exposition des articles sur Discover a fortement diminué : les 1 000 articles les plus recommandés en septembre 2026 ont vu leur visibilité baisser de 32 % en France par rapport à janvier-février 2026. La durée d'exposition des articles a également diminué, passant de 2,3 à 2,8 jours en moyenne au premier semestre 2026 à seulement 1,9 jour en septembre. Cette baisse affecte tous les types de contenus, y compris les articles thématiques comme ceux sur le jardinage ou la retraite, dont la durée d'exposition a chuté de 22 à 40 %.
Le 22 juillet 2026, Google a lancé en France ses AI Overviews (aperçus générés par intelligence artificielle), des résumés de réponses directement affichés dans les résultats de recherche. Ces outils pourraient contribuer à la baisse du trafic des sites d'information, car ils permettent aux utilisateurs d'obtenir des réponses sans cliquer sur les liens des médias. Selon l'Arcom, l'autorité française de régulation des médias, ces aperçus pourraient être responsables de 33 % à 38 % de la perte de trafic sur les marchés européens où ils sont déjà actifs. Cependant, leur impact exact reste difficile à quantifier, car d'autres facteurs comme une mise à jour anti-spam de Google ou des changements dans les habitudes de consommation d'information jouent également un rôle.
La presse nationale française a subi une baisse de 25 % de sa part de voix en ligne, tandis que la presse régionale a vu la sienne tripler. Cette divergence s'explique en partie par le volume de publications : les titres nationaux, qui publient beaucoup d'articles, seraient plus touchés par les changements d'algorithmes. Aucun des 35 titres régionaux suivis par l'outil 1492.vision n'a enregistré de recul par rapport au début de l'année 2026. Par exemple, Ouest-France, qui combine actualités et services comme les petites annonces ou les podcasts, a perdu seulement 9,6 % de son trafic, se classant ainsi troisième des marques numériques en France avec 191,9 millions de visites.
Septembre 2025 avait été un mois exceptionnel pour l'information en ligne en France, marqué par des événements politiques majeurs comme le vote de confiance ou la nomination d'un nouveau Premier ministre, entraînant un record de 104 millions de visites. En comparaison, septembre 2026 a enregistré une baisse de 16,5 % des visites sur les sites d'information par rapport à août 2025. Par ailleurs, la fatigue informationnelle et un contexte estival moins propice à la consommation d'actualités pourraient expliquer une partie de cette chute. Malgré des vagues de canicules et des incendies en été 2026, qui auraient pu inciter les internautes à s'informer davantage, le trafic a continué de diminuer.
Depuis 2021, la presse française se bat pour obtenir une rémunération de Google pour l'utilisation de ses contenus dans ses outils, notamment les *AI Overviews*. En 2022, l'Autorité de la concurrence (ADLC) avait infligé une amende de 500 millions d'euros à Google pour non-respect des *droits voisins*, un mécanisme juridique qui permet aux éditeurs de presse d'être rémunérés lorsque leurs articles sont utilisés par des plateformes numériques. En 2024, Google a écopé d'une nouvelle sanction de 250 millions d'euros pour ne pas avoir respecté quatre de ses sept engagements, comme la transparence des négociations ou la non-discrimination des éditeurs. Début août 2026, l'Alliance de la presse d'information générale (APIG) a saisi à nouveau l'ADLC, accusant Google de ne pas respecter ses engagements et d'aggraver la chute du trafic des médias.

