Attirées par des traces de sang sur une serpe, des mouches ont démasqué un meurtrier en Chine il y a 800 ans grâce à une méthode encore utilisée par la police
Bien avant les laboratoires, l'entomologie médico-légale a fait ses premiers pas dans une rizière chinoise du 13e siècle. Un juge y a confondu un meurtrier sans le moindre instrument.
En Chine, au 13e siècle, un juge nommé Song Ci a résolu une affaire criminelle sans recourir à des outils modernes. Cette période correspond à la dynastie des Song du Sud (1127–1279), une époque où la Chine était l’une des civilisations les plus avancées au monde sur le plan scientifique et administratif. Song Ci a utilisé une méthode innovante pour l’époque, basée sur l’observation de la nature, qui préfigure aujourd’hui ce qu’on appelle l’entomologie médico-légale. Cette discipline consiste à étudier les insectes pour résoudre des énigmes judiciaires, notamment en analysant leur présence ou leur comportement sur des scènes de crime.
L’affaire concernait un meurtre commis dans une rizière chinoise. Le suspect, un homme accusé d’avoir tué un paysan avec une serpe (un outil agricole tranchant, proche d’une machette), avait été arrêté. Cependant, il niait toute implication. Pour confirmer sa culpabilité, Song Ci a eu l’idée d’examiner l’outil. Il a remarqué des traces de sang séché sur la lame, mais aussi des traces de terre. Plutôt que de se contenter de cette observation, il a eu l’intuition que des insectes pourraient fournir des indices supplémentaires. Il a donc placé la serpe dans un environnement contrôlé, où des mouches ont été attirées par les résidus de sang.
Les mouches, attirées par l’odeur du sang, se sont posées sur la serpe. Song Ci a observé que ces insectes se regroupaient principalement sur une partie spécifique de la lame, correspondant à l’endroit où la terre était encore présente. Cette concentration de mouches suggérait que le sang avait séché à cet endroit, puis que de la terre avait été ajoutée pour nettoyer l’outil. Cette hypothèse impliquait que l’accusé avait tenté de masquer les traces de son crime en frottant la serpe dans la boue après le meurtre. Ainsi, l’observation des mouches a permis de confirmer que la serpe avait bien été utilisée pour commettre le crime, et que l’accusé mentait en affirmant ne pas l’avoir manipulée.
Cette affaire, relatée dans un ouvrage intitulé Washing Away of Wrongs (1247), est considérée comme l’un des premiers cas documentés d’entomologie médico-légale dans l’histoire. Song Ci y décrit des méthodes d’investigation judiciaire qui mêlent observation empirique et raisonnement logique, bien avant l’apparition des techniques modernes comme l’analyse ADN ou les tests chimiques. Son approche repose sur l’idée que la nature, y compris les insectes, peut fournir des preuves tangibles. Aujourd’hui, cette discipline est toujours enseignée dans les écoles de police et utilisée pour résoudre des affaires criminelles, notamment dans des contextes où les preuves matérielles sont limitées.
L’histoire de Song Ci illustre comment l’intelligence humaine peut exploiter des phénomènes naturels pour résoudre des problèmes complexes. Son travail a inspiré des générations de scientifiques et de juristes, montrant que des méthodes simples, basées sur l’observation, peuvent être aussi efficaces que des technologies avancées. En Chine, comme dans d’autres civilisations anciennes, la médecine légale et les sciences judiciaires se sont développées à partir d’observations concrètes, avant d’évoluer vers des approches plus sophistiquées. Cette anecdote rappelle que l’innovation ne dépend pas toujours de la complexité des outils, mais de la capacité à poser les bonnes questions et à interpréter les indices disponibles.

