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Les travailleurs qui utilisent l’IA sont aussi ceux qui s’en méfient le plus

Le Devoir · mis à jour il y a 21 j

Des experts appellent à l’élaboration d’un encadrement de cette technologie avec les travailleurs directement concernés..

Usage de l'IA au Québec

En octobre 2026, 43 % des travailleurs québécois déclarent utiliser l’intelligence artificielle (IA) dans leur travail, selon une étude du Centre de recherche interuniversitaire sur la mondialisation et le travail (CRIMT) et du consortium IVADO. Parmi ces utilisateurs, 64 % l’emploient pour moins d’un quart de leurs tâches quotidiennes, tandis que seulement 15 % l’utilisent pour au moins la moitié de leur temps de travail. L’IA générative, comme ChatGPT, est un type d’outil capable de produire du contenu (textes, analyses, etc.) à partir d’instructions simples données par l’utilisateur. Les deux tiers des travailleurs qui n’utilisent pas l’IA justifient ce choix par l’absence de besoin concret dans leur domaine d’activité.

Efficacité perçue de l'IA

Les travailleurs québécois qui utilisent l’IA au travail en ont une opinion globalement positive : 44 % la jugent fiable, 37 % estiment que ses informations sont parfois inexactes, mais 53 % la trouvent complète et 70 % bien structurée. Ces outils sont donc perçus comme utiles pour organiser ou accélérer certaines tâches, même si leur précision peut varier. L’IA générative, par exemple, permet de rédiger des rapports, analyser des données ou générer des idées, ce qui peut soulager les employés de travaux répétitifs. Cependant, son utilisation reste limitée à des fonctions spécifiques, sans remplacer encore massivement le travail humain.

Craintes des utilisateurs

Les travailleurs qui utilisent l’IA au Québec sont paradoxalement ceux qui en craignent le plus les conséquences. Ainsi, 23 % redoutent de perdre leur emploi à cause de cette technologie, 25 % s’inquiètent pour leurs collègues, et 29 % craignent que leurs tâches soient automatisées. Par ailleurs, 27 % anticipent une baisse de salaire ou une stagnation de leurs perspectives professionnelles. Ces craintes sont particulièrement marquées chez les 35 à 64 ans, contrairement aux idées reçues qui ciblent plutôt les jeunes ou les travailleurs proches de la retraite. Les experts soulignent que ces inquiétudes découlent d’une exposition directe à l’IA, qui rend ses limites et ses risques plus tangibles.

Risques identifiés par l'encadrement

Les travailleurs bénéficiant d’un encadrement par leur employeur pour l’utilisation de l’IA sont ceux qui expriment le plus de craintes quant à ses impacts futurs. Ainsi, 41 % d’entre eux redoutent que l’IA menace leur emploi d’ici 10 ans, 42 % s’inquiètent des risques de discrimination et d’inégalités, 48 % craignent le renforcement des préjugés, 50 % s’alarment de l’affaiblissement du filet social, 63 % s’opposent à ses effets sur l’environnement, et 71 % s’alarment pour la confidentialité de leurs données personnelles. Cet encadrement, bien que destiné à rassurer, semble aussi sensibiliser les employés aux dangers potentiels de l’IA.

Rôle des politiques d'entreprise

Les experts insistent sur l’importance pour les employeurs de mettre en place des politiques d’encadrement claires pour l’utilisation de l’IA. Ces politiques doivent définir les finalités de l’outil, encadrer son usage et offrir des formations adaptées aux travailleurs. Éliane Racine, coauteure de l’étude et chercheuse au CRIMT, explique que ces mesures permettent de reconnaître les gains de productivité tout en identifiant les limites de l’IA. Jean Frantz Registre Ricardeau, professeur à l’Université Laval, ajoute que l’IA n’est ni bonne ni mauvaise en soi : son impact dépend de la manière dont elle est déployée et intégrée dans les processus de travail.

Ce que ça pourrait changer

Pour que l’IA soit bénéfique, les experts recommandent une collaboration étroite entre les employeurs, les concepteurs de ces outils, les gestionnaires et les travailleurs, notamment via leurs syndicats. Dalia Gesualdi-Fecteau, directrice du CRIMT, souligne que l’adoption de l’IA ne doit pas être motivée par une simple tendance, mais répondre à un besoin réel. Une approche collaborative permet de mieux adapter l’outil aux réalités du terrain et de limiter les risques. Les travailleurs doivent être associés à toutes les étapes, de la conception à la mise en œuvre, pour garantir que l’IA serve leurs intérêts et ceux de l’entreprise.

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