La cinéaste Anne Claire Poirier est décédée
Pionnière comme femme réalisatrice francophone, elle a notamment signé Mourir à tue-tête..
Anne Claire Poirier, cinéaste québécoise décédée à 94 ans, a marqué l’histoire du cinéma francophone en tant que femme réalisatrice et productrice. Née le 6 juin 1932 à Saint-Hyacinthe, elle a étudié le droit et l’art dramatique avant de se tourner vers le cinéma. En 1960, elle rejoint l’Office national du film (ONF), une institution publique canadienne créée en 1939 pour produire et diffuser des films éducatifs, documentaires et culturels. À son époque, l’ONF était majoritairement masculin, et Anne Claire Poirier fut l’une des rares femmes à y occuper des postes clés. Elle a travaillé comme réalisatrice, scénariste, monteuse, actrice et productrice, cumulant près de 40 ans de carrière à l’ONF.
Anne Claire Poirier a commencé sa carrière en traduisant des films anglophones de l’ONF en français, une tâche essentielle pour rendre les productions accessibles au public francophone. À cette époque, il n’existait pas d’école de cinéma au Québec, et les apprentis cinéastes apprenaient sur le terrain. Elle a collaboré avec des figures majeures du cinéma québécois comme Gilles Carle, Arthur Lamothe, Claude Jutra et Jacques Godbout. Son premier film, 30 minutes, Mr. Plummer (1963), est un court métrage tourné au Festival de théâtre de Stratford en Ontario, mettant en scène l’acteur Christopher Plummer. En 1964, elle réalise La fin des étés, avec l’actrice Geneviève Bujold, alors jeune finissante du Conservatoire d’art dramatique de Montréal.
En 1968, Anne Claire Poirier réalise son premier long métrage, De mère en fille, inspiré par sa propre expérience de la maternité. Ce film est considéré comme l’un des premiers films féministes du Québec, un mouvement artistique et social qui émergeait à la fin des années 1960. À cette époque, la réflexion féministe était surtout présente dans la littérature, et les films abordant ces thèmes étaient rares. Elle a ensuite créé le programme En tant que femmes, une série de films réalisés par des femmes, dont elle a produit deux : Les filles du Roy (1974), sur l’histoire des servantes engagées au Québec au XVIIe siècle, et Le temps de l’avant (1975), qui aborde le sujet de l’avortement, un thème alors tabou. Ces œuvres ont contribué à donner une voix aux femmes dans le cinéma québécois.
En 1979, Anne Claire Poirier signe Mourir à tue-tête, un long métrage qui traite du viol et de ses conséquences. Le film suit le parcours d’une jeune infirmière, interprétée par Julie Vincent, qui est kidnappée, battue et violée après son travail. Présenté au Festival de Cannes dans la section Un certain regard, ce film a marqué les spectateurs par sa violence et son réalisme. La réalisatrice a expliqué que la préparation du film, notamment la recherche sur le sujet, avait été plus éprouvante que le tournage lui-même. Mourir à tue-tête reste l’une de ses œuvres les plus connues et les plus discutées.
En 1997, Anne Claire Poirier réalise Tu as crié Let Me Go!, un documentaire personnel sur sa fille, décédée en 1992 d’une overdose d’héroïne. Ce film explore les thèmes de la toxicomanie, de la souffrance familiale et du silence entourant ces sujets. La cinéaste a expliqué avoir tourné ce documentaire pour mieux comprendre sa fille, mais aussi pour briser les tabous et montrer que la toxicomanie n’est pas uniquement une question de responsabilité individuelle. Ce film témoigne de son engagement à aborder des sujets difficiles avec franchise et humanité.
Anne Claire Poirier a reçu de nombreuses distinctions pour son travail, dont un *Oscar d’honneur* en 1989, remis collectivement à l’ONF pour son 50e anniversaire. Elle était également *officière de l’Ordre national du Québec* et de l’*Ordre du Canada*, deux distinctions prestigieuses au Canada. Parmi ses autres récompenses figurent le *prix Albert-Tessier* en 1988, le *prix du Gouverneur général* en 2002 et l’*Iris Hommage* la même année. Son fils, Frédéric Cornu, a souligné son rôle de pionnière pour les femmes dans le cinéma, affirmant qu’elle avait « donné aux femmes leur place au cinéma ». Elle est décédée dans son sommeil à son domicile d’Outremont, à Montréal, dans la nuit du 27 au 28 septembre 2026.

