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Mark Carney entreprend une visite de trois jours en Turquie

Le Devoir · mis à jour il y a 14 j

Le premier ministre canadien veut renforcer les liens politiques et économiques avec ce pays allié de l’OTAN..

Visite diplomatique inédite

Le premier ministre canadien Mark Carney effectue une visite officielle de trois jours en Turquie, marquant la première visite bilatérale d’un premier ministre canadien dans ce pays depuis 1944. Cette visite s’inscrit dans une volonté de renforcer les relations politiques, économiques et sécuritaires entre les deux nations, qui sont toutes deux membres de l’OTAN (Organisation du traité de l’Atlantique Nord), une alliance militaire et politique regroupant 32 pays. À son arrivée, Mark Carney a rendu hommage au mausolée de Mustafa Kemal Atatürk, fondateur de la Turquie moderne en 1923, symbolisant le respect pour l’histoire du pays. Il est accompagné de la ministre des Affaires étrangères Anita Anand et du ministre des Ressources naturelles Tim Hodgson, indiquant l’importance accordée à ce voyage.

Renforcer les liens économiques

L’un des objectifs principaux de cette visite est de diversifier les échanges commerciaux du Canada, actuellement très dépendants des États-Unis, un partenaire de plus en plus protectionniste (qui limite les importations pour protéger son économie nationale). En 2025, les échanges commerciaux entre le Canada et la Turquie s’élevaient à 4,3 milliards de dollars, un montant jugé « dérisoire » par Kerim Uras, ancien ambassadeur de Turquie au Canada, par rapport au potentiel des deux économies. Les discussions portent notamment sur un futur accord de libre-échange, qui faciliterait les échanges de biens et services. La Turquie, située au carrefour de l’Europe et du Moyen-Orient, est perçue comme un partenaire stratégique pour le Canada, capable d’offrir des alternatives aux tensions commerciales actuelles.

Opportunités énergétiques

Le Canada et la Turquie explorent des collaborations dans le secteur de l’énergie, un domaine où le Canada pourrait apporter des solutions. La Turquie, bien qu’industrielle et consommatrice, dépend fortement de la Russie et de l’Iran pour son approvisionnement énergétique, ce qui constitue un point faible selon Bessma Momani, professeure à l’Université de Waterloo. Le Canada pourrait proposer des technologies nucléaires, notamment via la société AtkinsRéalis, spécialisée dans les réacteurs CANDU (un type de réacteur nucléaire canadien). La Turquie prévoit la construction de deux centrales nucléaires, et AtkinsRéalis est l’un des principaux candidats pour ce projet. La présence du ministre des Ressources naturelles Tim Hodgson lors de la visite souligne l’importance de ces discussions.

Défense et sécurité

En tant qu’alliés de l’OTAN, le Canada et la Turquie ont des opportunités de collaboration en matière de dépenses de défense (investissements dans l’armée et les équipements militaires). Cependant, les relations entre les deux pays ont connu des tensions par le passé. En 2019, le Canada avait interdit les exportations d’armes vers la Turquie en réponse à une opération militaire turque en Syrie, une mesure étendue en 2020 après la découverte de l’utilisation de technologies canadiennes dans des drones azerbaïdjanais. Ces restrictions ont été levées en 2024, et Mark Carney a indiqué que les deux pays avaient « remis les compteurs à zéro » pour repartir sur de nouvelles bases. Les discussions pourraient aborder des projets communs dans ce domaine.

Diplomatie pragmatique

Le Canada adopte une approche pragmatique (basée sur des résultats concrets plutôt que sur des principes idéologiques) dans ses relations internationales, comme l’a souligné un haut responsable gouvernemental. Cette position contraste avec celle du gouvernement précédent, dirigé par Justin Trudeau, qui avait parfois conditionné les relations diplomatiques à des valeurs progressistes, comme les droits des personnes LGBTQ+. Le Canada n’a pas signé une déclaration commune avec l’Allemagne et la France pour condamner les persécutions (violences ou discriminations systématiques) contre la communauté LGBTQ+ en Turquie, où des raids policiers contre des organisations de défense des droits ont été signalés. Mark Carney privilégie les discussions en privé plutôt que les critiques publiques, estimant que cela permet des échanges plus productifs.

Ce que ça pourrait changer

Le Canada et la Turquie entretiennent des relations diplomatiques officielles depuis 1944. Aujourd’hui, environ 76 000 personnes d’origine turque vivent au Canada, formant une **diaspora** (communauté dispersée à l’étranger) qui joue un rôle dans les échanges culturels et économiques entre les deux pays. La visite de Mark Carney intervient dans un contexte géopolitique complexe pour la Turquie, située près de zones de conflit comme l’Ukraine (où la Russie mène une guerre depuis 2022) et des pays comme la Syrie, l’Irak et l’Iran. Malgré ces tensions régionales, la Turquie est décrite comme un « îlot de stabilité » par Kerim Uras, grâce à sa capacité à négocier des accords internationaux, comme celui permettant les exportations de céréales ukrainiennes malgré la guerre.

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