L’entente à la carte du Canada avec l’Europe
L’idée qu’on veuille se trouver un modèle sur mesure d’intégration économique et politique n’a rien d’extraordinaire..
Le Canada et l’Union européenne (UE) envisagent de conclure une nouvelle forme d’entente économique et politique, qualifiée par le premier ministre canadien Mark Carney d’alliance économique et de sécurité unique. Pour la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, il s’agirait de faire du Canada le premier membre associé de l’UE, bien que ce terme reste flou et soit qualifié d’objet institutionnel non identifié par des experts. Cette alliance vise à renforcer la coopération dans des domaines comme l’intelligence artificielle, l’informatique quantique, la cybersécurité, les minéraux critiques et la fabrication intelligente. Le Canada, déjà membre du programme d’achat militaire de l’UE depuis l’hiver 2023-2024, cherche à resserrer ses liens avec l’Europe sans devenir un membre à part entière de l’UE. Les deux parties insistent sur leur alignement géopolitique, notamment face aux défis comme la guerre en Ukraine ou le changement climatique.
L’objectif affiché de cette alliance est de promouvoir des valeurs communes comme la démocratie, la liberté et la primauté du droit, en réaction aux pressions exercées par des puissances comme les États-Unis sous l’administration Trump, qui a qualifié le projet d’hostile. Mark Carney a précisé que cette alliance ne vise pas à créer un troisième bloc pour concurrencer d’autres puissances, mais plutôt à renforcer la résilience des deux partenaires. L’UE et le Canada partagent déjà des liens via l’Accord économique et commercial global (AECG), signé il y a dix ans, qui a réduit les tarifs douaniers et facilité le commerce des services. Cependant, l’AECG n’est pas encore ratifié par une dizaine de pays européens, dont la France et l’Italie, en raison de désaccords sur les normes sanitaires du bœuf canadien. Ces blocages pourraient être aggravés par la montée des partis nationalistes dans ces pays.
Le Canada, dirigé par Mark Carney, adopte une approche pragmatique en diversifiant ses partenariats économiques pour réduire sa dépendance aux États-Unis. Depuis un an, le pays a signé plus de 50 accords sur les minéraux critiques avec 15 pays, ainsi que 20 accords commerciaux et de sécurité sur cinq continents. D’ici six mois, le Canada prévoit de doubler le nombre de consommateurs (de 1,5 à 3 milliards) ayant accès à ses marchés sans droits de douane, grâce à de nouveaux accords avec l’Inde et l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE). Bien que le Canada soit prêt à explorer des ententes sectorielles avec des pays aux valeurs différentes, comme la Chine, il privilégie désormais les partenariats avec des pays partageant une proximité géopolitique. Le Canada se présente comme le pays le plus européen en dehors de l’Europe, une affirmation qui reflète ses liens culturels et économiques avec l’UE.
L’idée d’une entente *à la carte* entre le Canada et l’UE s’inscrit dans une tendance mondiale où les pays privilégient des accords bilatéraux ou sectoriels plutôt que des règles multilatérales, comme celles de l’*Organisation mondiale du commerce* (OMC). Cette approche vise à contourner les blocages des institutions internationales, notamment depuis que les États-Unis ont réduit leur engagement sous l’administration Trump. Le Canada a déjà expérimenté ce modèle avec des traités comme l’*Accord Canada-États-Unis-Mexique* (ACEUM). L’alliance Canada-UE pourrait servir de *modèle* pour d’autres démocraties, selon Mark Carney, en défendant des principes comme la liberté, la solidarité et la durabilité. Cependant, son succès dépendra de la capacité à concilier les intérêts divergents des États membres de l’UE et à surmonter les réticences nationales.

