Le gros délire queer de Jean-Michel Blais
«Rock’n nonne», «Les mystérieuses cités d’or» et les chœurs chrétiens ont inspiré la composition de «mirador», son 4e album..
Jean-Michel Blais, pianiste et compositeur québécois, sort un nouvel album intitulé mirador, marquant une évolution dans son répertoire. Après avoir exploré divers instruments comme le piano solo, électro ou orchestral, il intègre pour la première fois la voix humaine à ses compositions. Dans une interview, il explique son enthousiasme pour les voix, qu’il décrit comme un instrument universel et accessible. L’album mirador est le fruit de dix ans de carrière, depuis que son premier album a été classé parmi les dix coups de cœur du magazine Time en 2016. Chaque projet de Blais reflète sa curiosité et son apprentissage autodidacte, chaque album étant comparé à un cours qu’il se donne lui-même.
Pour son nouvel album, Jean-Michel Blais collabore avec le compositeur William Brittelle afin de créer un projet qualifié de « gros délire queer ». L’objectif est de brouiller les registres vocaux traditionnels, souvent associés à un genre (alto et soprano pour les femmes, ténor et basse pour les hommes), en écrivant des partitions pour un registre central. Blais rejette la binarité des chorales, affirmant que l’harmonisation devient plus belle lorsque les timbres sont ambigus. Cette approche vise à célébrer la diversité et à s’affranchir des normes de genre dans la musique.
L’album mirador puise dans l’enfance de Jean-Michel Blais, marquée par son éducation catholique et sa participation à des chœurs de chants de Taizé, des chants religieux méditatifs. Ces expériences ont inspiré le morceau kyrie, une prière liturgique chrétienne. La pochette de l’album, montrant un enfant avec une couronne en papier, symbolise la puissance de l’imaginaire enfantin. Blais, qui a découvert son identité queer et vit avec le syndrome de Gilles de La Tourette, évoque aussi son refuge dans le sous-sol familial, où il s’évadait dans des univers parallèles grâce à des VHS et des encyclopédies. Le titre mirador, qui désigne une tour d’observation, reflète cette dualité entre hauteur et introspection.
Jean-Michel Blais intègre des influences sud-américaines à son album, notamment grâce à des séjours au Guatemala, au Nicaragua et en Argentine. Il collabore avec Tulio Velazco Villagra, un multi-instrumentiste péruvien, pour ajouter des sonorités andines comme le charango et la flûte de pan. Deux titres de l’album, carnavalito et quwi (un mot quechua signifiant « cochon d’Inde »), illustrent cette fusion culturelle. Blais, grand amateur de musique andine, décrit cette collaboration comme un enrichissement de ses compositions, mêlant piano, chœurs et instruments traditionnels.
Jean-Michel Blais qualifie son nouvel album de « maximaliste » et inhabituel, en réaction à la tendance actuelle du néoclassique, souvent minimaliste et épuré. Il défend l’idée de pièces fortes, rapides, techniques et joyeuses, s’inspirant de sources comme *Rock’n nonne* et *Les mystérieuses cités d’or*. Blais se décrit comme une personne joviale et festive, et son album reflète cette énergie. Il évoque déjà de nouveaux projets, soulignant son rythme de travail effréné. Son studio, situé au cinquième étage d’un ancien bâtiment industriel à Montréal, lui offre une vue panoramique sur la ville, qu’il compare à un *mirador*, symbolisant à la fois son inspiration et son ambition créative.

