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Géopolitique

Rencontre avec la Soudanaise Suzannah Mirghani, réalisatrice de “Cotton Queen”

Courrier International · mis à jour il y a 1 j

“Cotton Queen” sort en France ce 5 août. Dans ce rare film soudanais, Suzannah Mirghani brosse le portrait d’une jeune fille et de sa grand-mère, liées par la culture du coton.

Film rare du Soudan

Le film Cotton Queen, réalisé par Suzannah Mirghani, est un long-métrage soudanais rare, sorti en France le 5 août 2026. Ce film raconte l’histoire de Nafisa, une jeune fille, et de sa grand-mère Al-Sit, toutes deux liées par la culture traditionnelle du coton dans un village reculé du Soudan. Leur quotidien est marqué par une transmission intergénérationnelle de savoirs et de valeurs, mais aussi par les défis posés par des forces extérieures. Le film aborde ainsi des thèmes universels comme la préservation des traditions face à la modernité et les conséquences de la colonisation et du capitalisme sur les communautés locales. Suzannah Mirghani, qui est aussi historienne à l’université Georgetown au Qatar, s’est inspirée de ses recherches pour créer cette fiction.

Contexte historique et colonial

Le film Cotton Queen situe son récit dans un contexte historique lourd : le Soudan a été une colonie britannique de 1896 à 1955. Cette période a laissé des traces profondes dans la société soudanaise, notamment à travers l’exploitation économique et les bouleversements sociaux. Le film montre comment ces héritages coloniaux continuent de peser sur les populations locales aujourd’hui, notamment à travers des pratiques agricoles imposées et des dynamiques de pouvoir inégales. Suzannah Mirghani utilise cette toile de fond pour illustrer comment le passé colonial influence encore les choix économiques et sociaux au Soudan, comme la tentative d’importer des graines de coton génétiquement modifiées.

Enjeux économiques modernes

Dans Cotton Queen, un entrepreneur britannico-soudanais propose d’introduire des graines de coton génétiquement modifiées dans la région. Cette proposition, bien que présentée comme une solution pour augmenter les rendements, menace directement les cultures biologiques traditionnelles et le mode de vie des femmes de la communauté. Ces dernières, comme Nafisa et sa grand-mère, cultivent le coton de manière artisanale et écologique depuis des générations. L’arrivée de ces graines modifiées risquerait de perturber leur gagne-pain, mais aussi leur sororité, c’est-à-dire leur solidarité et leur organisation collective autour de cette activité. Le film met ainsi en lumière les tensions entre innovation technologique et préservation des savoir-faire locaux.

Obstacles de production

La réalisation de Cotton Queen a été confrontée à un obstacle majeur : la guerre civile qui a éclaté au Soudan en 2023. Ce conflit a empêché Suzannah Mirghani de tourner le film dans son pays comme prévu initialement. Malgré cette difficulté, la cinéaste a réussi à mener à bien son projet, probablement en adaptant les lieux de tournage ou en utilisant des moyens techniques alternatifs. Cet exemple illustre les défis auxquels sont confrontés les artistes et les créateurs dans des contextes de crise politique et sociale, tout en soulignant la résilience et la détermination nécessaires pour concrétiser des œuvres culturelles dans des conditions adverses.

Festival et reconnaissance

Suzannah Mirghani a été interviewée à l’occasion du Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH), qui s’est tenu à Genève en mars 2026. Ce festival, dont Courrier international était partenaire, est un événement majeur qui met en avant des œuvres cinématographiques abordant des questions de droits humains et de justice sociale. La présence de Cotton Queen dans ce cadre souligne l’importance du film comme outil de réflexion sur les enjeux contemporains, notamment en Afrique. Le FIFDH offre une plateforme pour discuter des thèmes abordés dans le film, comme la colonisation, le capitalisme ou la résistance des communautés locales.

Ce que ça pourrait changer

Suzannah Mirghani est à la fois réalisatrice et historienne, ce qui lui permet d’aborder son sujet avec une double perspective. Son travail de recherche académique, notamment à l’université Georgetown au Qatar, a nourri la création de *Cotton Queen*. Cette approche hybride entre fiction et analyse historique enrichit le film, en offrant une profondeur de champ sur les enjeux abordés. Mirghani utilise ainsi le cinéma comme un moyen de transmettre des connaissances et de sensibiliser le public à des questions complexes, tout en rendant son récit accessible grâce à une narration centrée sur des personnages humains et attachants.

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