« On n’est pas des extraterrestres » : pourquoi les idées de droite ont la cote en Beauce?
Le « royaume de la PME » jouit d’une forte culture entrepreneuriale..
La Beauce-Sud, une région du Québec, est un bastion où les idées de droite dominent le paysage politique. Lors des élections du 5 octobre, la lutte s’annonce serrée entre deux candidats principaux : Samuel Poulin de la Coalition avenir Québec (CAQ) et Jonathan Poulin du Parti conservateur du Québec (PCQ). En 2022, Samuel Poulin avait remporté la circonscription avec seulement 400 voix d’avance sur Jonathan Poulin, tandis que les trois autres partis (Parti libéral du Québec, Parti québécois, Québec solidaire) avaient cumulé moins de 8 % des votes. Cette région, souvent perçue comme conservatrice, a toujours été un terrain propice aux idées de droite, mais sans pour autant basculer dans l’extrémisme, comme le souligne Richard Lehoux, ancien député fédéral et maire de Saint-Elzéar pendant 19 ans.
Les racines historiques de la Beauce expliquent en partie son penchant pour la droite. Au XVIIIe siècle, les Beaucerons étaient surnommés les jarrets noirs car ils arrivaient à Québec les jambes couvertes de boue après avoir poussé leurs charrettes sur de longues distances pour commercer. Cette image illustre encore aujourd’hui l’esprit de travail acharné et d’autonomie de la région. Richard Lehoux, agriculteur et défenseur de la gestion de l’offre (un système protégeant les producteurs agricoles des fluctuations des prix), souligne que les Beaucerons sont innovants et pragmatiques. Leur approche économique repose sur une gestion rigoureuse des finances, évitant les dépenses inutiles. Malgré cette réputation, Lehoux insiste : On n’est pas des extraterrestres, rappelant que la région n’est ni extrémiste ni marginale.
La Beauce est souvent qualifiée de royaume des PME (petites et moyennes entreprises), avec une économie locale dynamique et tournée vers l’exportation. Stéphane Poulin, animateur à Cool FM 103,5, nuance l’idée d’une région strictement de droite : selon lui, les Beaucerons ne seraient pas idéologiquement ancrés à droite, mais plutôt guidés par une logique économique. Leur pragmatisme se traduit par un rejet des subventions gouvernementales, perçues comme une forme de dépendance. Danny Lizotte, coanimateur et ancien attaché de presse du PCQ, ajoute que les électeurs de la région sont orientés vers les affaires, proches des États-Unis pour le commerce, et fiers de leur différence. Cette mentalité entrepreneuriale les pousse à privilégier les solutions concrètes plutôt que les idéologies.
Le Parti conservateur du Québec (PCQ), dirigé par Éric Duhaime depuis 2021, propose une baisse d’impôt de 59 % pour les entreprises afin de stimuler l’économie locale. Jonathan Poulin, candidat PCQ en Beauce-Sud, critique les subventions gouvernementales, qu’il compare à une loterie entre entreprises, et prône une réduction des taxes pour donner plus de marge de manœuvre aux PME. Il argue que cette approche est équitable, car toutes les petites entreprises paient des impôts. En 2022, il avait perdu face à Samuel Poulin (CAQ) par seulement 400 voix, mais son parti reste populaire dans la région. La CAQ, quant à elle, défend une approche plus structurée, incluant des programmes d’aide aux entreprises et des baisses d’impôts ciblées, comme la réduction de la taxe scolaire.
Samuel Poulin, candidat de la CAQ, se présente comme un représentant de droite moderne, combinant pragmatisme économique et interventionnisme modéré. Il met en avant les programmes d’aide de son gouvernement, comme les appels d’offres pour les entreprises touchées par les tarifs douaniers américains, et souligne que les entrepreneurs beaucerons préfèrent payer des impôts parce qu’ils ont fait des revenus, plutôt que de subir une réglementation excessive. La CAQ insiste sur sa vision structurée pour la région, incluant des baisses d’impôts pour les particuliers et les entreprises. En revanche, le Parti libéral du Québec (PLQ), représenté par Alvaro Peressutti, tente de se positionner comme le parti de l’économie et des relations interprovinciales, malgré un score historiquement faible en Beauce-Sud (2,83 % en 2022).
La Beauce-Sud est un bastion francophone qui a massivement voté *Non* aux référendums de 1980 et 1995 sur la souveraineté du Québec, confirmant son attachement au Canada. Cette région n’a jamais élu de député du Parti québécois (PQ) ou de Québec solidaire (QS), deux partis souverainistes. Alvaro Peressutti, candidat libéral et immigrant vénézuélien, souligne l’esprit *insoumis* des Beaucerons, qui affrontent les défis avec détermination. Il met en avant les relations économiques du Québec avec les autres provinces canadiennes et les pays étrangers, un argument clé pour son parti. Malgré son faible score électoral, le PLQ mise sur son image de parti économique et fédérateur, mais peine à convaincre dans une région où les idées de droite dominent.

