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Environnement

Face aux critiques sur la pollution des datacenters, une mystérieuse start-up rêve de les déplacer… en pleine mer

Vert.eco · mis à jour 7 juil.

Alors que les projets de centres de données pour l’intelligence artificielle suscitent une contestation croissante aux États-Unis, la startup Panthalassa veut en déplacer certains en mer. Soutenue par plusieurs figures de la Silicon Valley, elle développe des datacenters flottants alimentés par l’énergie des vagues, malgré de nombreuses incertitudes techniques, économiques et environnementales..

Critiques des datacenters

Aux États-Unis, les centres de données, aussi appelés datacenters (des infrastructures physiques qui stockent et traitent des données numériques), font face à une opposition croissante. Selon un rapport publié en juin 2026, le premier trimestre de cette année a déjà égalé l’ensemble des oppositions enregistrées en 2025, avec 75 projets retardés ou annulés, représentant un investissement suspendu de 130 milliards de dollars (113 milliards d’euros). Ces infrastructures, essentielles pour l’intelligence artificielle (IA) qui repose sur des calculs massifs, sont aujourd’hui critiquées pour leur consommation énergétique élevée, leur coût financier pour les collectivités locales, leur bruit et leur impact environnemental. Leur image s’est dégradée malgré leur rôle clé dans l’économie numérique.

Projet de datacenters flottants

Face à cette opposition, la start-up Panthalassa, fondée en 2016 à Portland (Oregon), propose une solution originale : déplacer les datacenters en pleine mer. Le 4 mai 2026, l’entreprise a annoncé une levée de fonds de 140 millions de dollars (122 millions d’euros) pour financer ce projet. Ses modules flottants en acier, longs de 85 mètres et en forme de sucettes géantes, convertissent l’énergie des vagues en électricité pour alimenter des serveurs d’IA directement à bord. L’océan sert aussi à refroidir naturellement les machines, et les données sont transmises à terre par satellite. Un premier modèle, Ocean-3, doit être déployé dans le Pacifique nord en 2026, avec une exploitation commerciale prévue en 2027.

Investisseurs et financement

Le projet de Panthalassa a séduit plusieurs figures influentes de la Silicon Valley, la région californienne connue pour ses start-up technologiques. Parmi les investisseurs figurent Peter Thiel, milliardaire cofondateur de PayPal et proche de Donald Trump, ainsi que Max Levchin (autre cofondateur de PayPal), Marc Benioff (PDG de Salesforce) et John Doerr (premier investisseur de Google). Ces personnalités ont contribué à la levée de fonds de 140 millions de dollars. Le PDG de Panthalassa, Garth Sheldon-Coulson, explique vouloir exploiter l’océan comme nouvelle ressource énergétique planétaire, en déplaçant les datacenters là où l’énergie et le refroidissement sont déjà disponibles.

Opacité et changements de cap

Panthalassa reste une entreprise très discrète : son site internet se limite à deux pages, et ses dirigeants n’ont pas répondu aux sollicitations des médias. Les spécialistes interrogés par Vert soulignent le manque de transparence sur ses activités. Initialement, l’entreprise évoquait la production d’hydrogène vert (un carburant propre obtenu par électrolyse de l’eau) à partir de ses infrastructures en mer. Cependant, après sa dernière levée de fonds, son discours a évolué pour se concentrer sur les datacenters flottants et l’IA. Andrea Copping, océanographe à l’université de Washington, note que ce changement de cap coïncide avec l’arrivée de Peter Thiel parmi les investisseurs.

Précédents et limites du concept

Panthalassa n’est pas la première à imaginer des datacenters en mer. En 2024, Microsoft a testé le projet Natick en immergeant 864 serveurs au large de l’Écosse. L’expérience a montré un taux de panne inférieur à celui des centres terrestres, mais n’a pas été industrialisée. Frédéric Bordage, expert en sobriété numérique, critique cette approche : selon lui, déplacer les datacenters en mer ne résout pas les problèmes de fond, comme la raréfaction des métaux ou l’impact environnemental du numérique. Il estime que cette solution reporte simplement les problèmes ailleurs au lieu de questionner nos usages.

Défis industriels et environnementaux

Malgré son potentiel, le modèle de Panthalassa pourrait rester limité à un marché de niche. Eric Masanet, directeur d’un laboratoire d’analyse de la durabilité industrielle à l’université de Santa Barbara, souligne qu’une unité en mer pourrait produire seulement 1 mégawatt d’électricité. Pour rivaliser avec un grand datacenter terrestre, il faudrait déployer des centaines, voire des milliers de ces modules. Par ailleurs, l’océan présente des contraintes majeures : corrosion, tempêtes, maintenance, impact sur la faune marine, bruit sous-marin et champs électromagnétiques. Jonathan Koomey, professeur à l’université Stanford, rappelle que la production d’électricité doit aussi être compétitive face à d’autres sources comme le solaire. La prudence est donc de mise face aux annonces de ce type.

Risques pour les écosystèmes marins

Les modules flottants de Panthalassa pourraient perturber les écosystèmes marins de plusieurs manières. Le bruit continu généré par les machines pourrait brouiller les signaux sonores utilisés par de nombreuses espèces pour communiquer, se repérer ou chasser. Certaines espèces, comme les requins, les raies ou les tortues marines, perçoivent aussi les champs électromagnétiques, ce qui soulève des risques encore mal évalués pour leurs migrations. Enfin, la corrosion des structures en acier et l’utilisation de produits anti-corrosion pourraient libérer des substances toxiques dans l’eau. Ces enjeux environnementaux s’ajoutent aux questions sur la durabilité des matériaux et des procédés industriels en milieu marin.

Ce que ça pourrait changer

Le projet de *Panthalassa* intervient à un moment où les États-Unis remettent en cause les systèmes de surveillance des océans. En mai 2026, l’administration Trump a annoncé le démantèlement de 900 capteurs océaniques déployés dans l’Atlantique et le Pacifique depuis 2016. Ces instruments, conçus pour fonctionner jusqu’en 2041, fournissent des données essentielles sur le climat, les courants marins et les écosystèmes. Face à une opposition bipartisane au Congrès, la *National Science Foundation* a suspendu ce projet en juin 2026, mais l’épisode illustre les tensions entre développement industriel et préservation des océans. Il interroge aussi sur la liberté laissée aux entreprises pour exploiter les ressources marines.

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