Possédez-vous une maison en kit Sears?
Ces habitations en pièces détachées font partie de notre patrimoine bâti..
Avant l’ère des meubles en kit, il était possible d’acheter une maison entière par catalogue, livrée en pièces détachées par train. Ce phénomène s’est développé au Canada grâce à l’expansion du réseau ferroviaire, qui a permis une production industrielle à grande échelle. Ces catalogues, similaires à ceux d’Eaton ou de Sears, proposaient des maisons à monter soi-même, avec jusqu’à 32 000 pièces et un manuel d’instructions de 75 pages. Au Québec, Sears était l’entreprise la plus populaire dans ce domaine, bien que des concurrents comme Aladdin ou Gordon-Van Tine existaient aussi. Ces maisons étaient vendues sous forme de kits, avec des pièces de bois, de quincaillerie et des plans détaillés. Le prix d’un plan seul n’était que d’un dollar, mais les maisons complètes coûtaient entre 372 $ et 2 577 $ selon les modèles.
En 1916, Sears a radicalement changé son offre en fournissant non seulement les plans et la quincaillerie, mais aussi toutes les pièces de bois nécessaires à la construction. L’entreprise promettait que ses maisons pouvaient être montées en 90 jours par une équipe de 3 à 4 personnes, sans l’aide d’un menuisier professionnel, si les conditions météo le permettaient. Trois gammes de maisons étaient proposées : les modèles Light, simples et économiques, souvent des cabanons ou des remises ; les modèles Econo (renommés Standard), plus élaborés mais toujours basiques, avec des montants de murs espacés de 60 cm et aucun sous-plancher ; et les modèles Honor Bilt, considérés comme haut de gamme, avec des montants espacés de 40 cm, des linteaux doubles, des sous-planchers et une meilleure isolation. Ces derniers sont devenus les plus vendus.
Parmi les modèles emblématiques de Sears, le Wayside (107B), au prix de 372 $, était une maison compacte à un étage avec quatre pièces, proche d’un bungalow moderne. À l’opposé, le modèle C154, vendu 2 577 $, était un jumelé à deux étages avec six ou sept pièces par logement, de style Queen Anne et influencé par le mouvement Arts & Crafts. Ce modèle incluait une galerie et un porche mitoyens, offrant un confort et un luxe bien supérieurs aux autres gammes. Les catalogues de Sears ont évolué pendant les Années folles pour ajouter plus de confort, puis pendant la Grande Dépression pour réduire les coûts, reflétant les besoins changeants des consommateurs.
Le département *Modern Homes* de Sears a fermé en 1940 en raison de la Grande Dépression et de l’effort de guerre, et les dernières maisons ont été vendues en 1942. Aujourd’hui, des communautés d’amateurs américains se consacrent à l’identification et à la réhabilitation de ces maisons, souvent méconnues au Québec. Plusieurs défis rendent leur repérage difficile : les archives de Sears ont été détruites en 1940, ces maisons n’apparaissaient pas dans les contrats notariés, et elles étaient souvent modifiées par les clients avant construction. Cependant, des méthodes ont été développées pour les reconnaître, notamment par des amateurs américains. Au Québec, ce patrimoine bâti reste peu étudié, malgré son importance historique.

