Ottawa, Londres et Paris s’engagent à interdire l’importation de produits des colonies israéliennes
En accord avec neuf autres, les trois pays parlent de «protéger la solution à deux États». Israël a répliqué..
Le Canada, le Royaume-Uni, la France et neuf autres pays occidentaux (Danemark, Espagne, Finlande, Irlande, Islande, Norvège, Pologne, Portugal, Suède) ont annoncé mardi qu'ils allaient interdire l'importation de produits en provenance des colonies israéliennes en Cisjordanie. Ces colonies, considérées comme illégales au regard du droit international par la majorité de la communauté internationale, sont des implantations de populations israéliennes construites en territoire palestinien occupé depuis 1967. Les pays signataires justifient ces sanctions par la volonté de protéger la solution à deux États, un cadre de paix visant à créer un État palestinien indépendant aux côtés d'Israël. Selon eux, l'expansion de ces colonies et la violence accrue des colons menacent directement cette solution. Les produits concernés incluent des denrées agricoles, du vin, des cosmétiques et des biens industriels, principalement issus de la vallée du Jourdain. Ces mesures s'ajoutent à des sanctions déjà existantes, comme celles prises en juin par le Canada, la France et l'Australie contre des entités et individus impliqués dans les violences ou l'expansion des colonies.
Israël a réagi vivement à ces sanctions en annonçant des mesures de représailles, ciblant d'abord le Royaume-Uni. Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a qualifié les critiques britanniques de scandaleuses et a ordonné la fermeture du consulat britannique à Jérusalem. Par ailleurs, Israël a interdit l'entrée sur son territoire à 12 personnalités britanniques, dont l'ancien chef du parti travailliste Jeremy Corbyn et cinq députés verts, qu'il accuse d'antisémitisme. Le président israélien Isaac Herzog a estimé que le Royaume-Uni se plaçait du mauvais côté de l'histoire avec ces mesures. Ces réactions interviennent dans un contexte de tensions croissantes entre Israël et plusieurs pays européens, ainsi qu'en pleine campagne électorale pour les législatives israéliennes d'octobre 2024, marquée par un durcissement de la rhétorique de la coalition de droite et d'extrême droite dirigée par Benjamin Nétanyahou.
Les sanctions annoncées font suite à une augmentation des violences commises par les colons israéliens en Cisjordanie, où vivent environ 3 millions de Palestiniens aux côtés de plus de 500 000 Israéliens installés dans les colonies. Le ministre britannique Ed Miliband a dénoncé un nettoyage ethnique en cours, perpétré selon lui par des colons qualifiés de terroristes, tout en critiquant l'inaction du gouvernement israélien face à cette situation. La Cisjordanie est un territoire occupé par Israël depuis 1967, et son statut final doit être négocié dans le cadre d'un accord de paix. Les violences et l'expansion des colonies ont été particulièrement critiquées depuis l'attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, qui a déclenché une guerre à Gaza. Plusieurs pays, dont l'Irlande, l'Espagne et les Pays-Bas, avaient déjà annoncé des interdictions similaires à celles prises mardi.
Pour le Royaume-Uni, les échanges commerciaux avec les colonies israéliennes représentent environ 38 millions de livres sterling par an (soit 71 millions de dollars canadiens), ce qui rend l'interdiction d'importation davantage symbolique qu'économiquement significative. Cependant, ces sanctions s'inscrivent dans une stratégie plus large visant à isoler les colonies et à faire pression sur Israël pour qu'il respecte le droit international. La France, par exemple, pousse pour une décision similaire à l'échelle de l'Union européenne. Ces mesures s'ajoutent à des restrictions déjà en place, comme l'interdiction d'entrée en France et au Royaume-Uni pour des ministres israéliens d'extrême droite, tels qu'Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich. L'Autorité palestinienne a salué ces sanctions comme une *étape importante* pour que les autorités israéliennes *rendent des comptes*, tandis que les États-Unis, par la voix de Marco Rubio, ont exclu des sanctions contre les colonies tout en dénonçant les tensions en Cisjordanie.

