Au Québec, les fuites de vieux puits de gaz de schiste s’aggravent depuis des années
Des puits forés sans le consentement des citoyens sont toujours présents et ils laissent fuir un puissant GES..
Le gaz de schiste est un type de gaz naturel emprisonné dans des roches profondes, comme le schiste. Pour l'extraire, il faut forer des puits et utiliser une technique appelée fracturation hydraulique, qui consiste à injecter de grandes quantités d'eau, de sable et de produits chimiques sous haute pression pour libérer le gaz. Au Québec, l'exploration de cette ressource a commencé vers 2006 et s'est poursuivie jusqu'en 2022, date à laquelle le gouvernement a interdit définitivement cette pratique. Pendant cette période, 29 puits ont été forés, dont 18 ont été fracturés. Parmi eux, 8 laissent encore échapper du méthane aujourd'hui, un gaz à effet de serre (GES) bien plus puissant que le dioxyde de carbone (CO₂).
Le méthane est un gaz incolore et inodore qui s'échappe des vieux puits de gaz de schiste abandonnés. Il est particulièrement préoccupant car, sur une période de 20 ans, son pouvoir de réchauffement est 80 fois supérieur à celui du CO₂. Au Québec, les fuites de méthane des 8 puits concernés ne montrent aucun signe de diminution. Par exemple, en janvier 2024, le volume total des fuites était de 122 m³ par jour, puis il a augmenté à 139 m³ en juin 2025 et à 142 m³ en septembre 2026. Le puits le plus problématique, nommé A267, laisse échapper 44,5 m³ de méthane par jour, un volume record depuis plusieurs années. Ces fuites représentent un risque pour la sécurité des personnes et des biens, ainsi que pour l'environnement.
Parmi les puits les plus problématiques, on trouve le A267 foré en 2009 à Saint-Édouard en Montérégie, qui laisse fuir 44,5 m³ de méthane par jour. Dès 2010, des problèmes de fuite ont été détectés, et en 2019, le ministère de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie (MEIE) a confirmé qu'il existait un risque d'incendie ou de migration de gaz dangereux. Un autre puits, le A254, foré en 2007 à Saint-Louis-de-Richelieu près d'un quartier résidentiel, laisse fuir 42 m³ de méthane par jour. Dès 2021, le MEIE avait identifié une fuite importante, représentant un risque pour la santé et la sécurité des habitants. Pourtant, ces puits n'ont toujours pas été fermés ou restaurés.
Le MEIE, l'organisme gouvernemental responsable, collecte régulièrement des données sur les fuites de méthane. Cependant, 24 des 29 puits forés au Québec ne sont toujours pas fermés, dont 15 ont été fracturés. Cette situation s'explique par des procédures judiciaires en cours : les entreprises qui détenaient les permis d'exploration, comme Talisman Energy, poursuivent le gouvernement du Québec pour réclamer 18 milliards de dollars d'indemnisation. Elles estiment que l'interdiction définitive des forages en 2022 constitue une expropriation déguisée. Pendant ce temps, les citoyens ignorent souvent la présence de ces puits, forés à une époque où l'industrie était peu régulée.
Alors que des politiciens en campagne électorale évoquent une possible relance de l'industrie du gaz de schiste au Québec, les vieux puits abandonnés continuent de poser problème. L'industrie réclame des milliards de dollars en compensation, tandis que les fuites de méthane s'aggravent. Pourtant, depuis 2022, aucun nouveau forage n'est autorisé. Le gouvernement doit maintenant gérer les conséquences de cette industrie controversée, tout en faisant face à des poursuites judiciaires coûteuses. La question de la fermeture définitive des puits reste en suspens, dans l'attente de l'issue des procédures en cours.

