Et si c'était l'ancêtre de la langue aztèque ? Trois glyphes repérés en 1987 sur une falaise mexicaine éclairent l'histoire de Teotihuacan
Trois glyphes peints dans une grotte de Chalcatzingo, au Mexique, relèveraient de l'écriture de Teotihuacan. Datés des IVe-VIe siècles, ils désigneraient une « Montagne qui chante » et honoreraient des guerriers..
En 1987, trois glyphes (symboles gravés ou peints représentant des mots ou des sons) ont été repérés sur une falaise mexicaine près du site archéologique de Teotihuacan, une ancienne cité précolombienne située à environ 50 kilomètres au nord-est de Mexico. Ces glyphes, datés d’une période antérieure aux Aztèques (qui ont dominé la région entre le XIVᵉ et le XVIᵉ siècle), pourraient appartenir à une langue aujourd’hui disparue, considérée comme un ancêtre possible du nahuatl, la langue des Aztèques. Leur découverte a suscité un vif intérêt parmi les archéologues, car elle pourrait éclairer les origines linguistiques et culturelles de cette civilisation majeure de Mésoamérique. Teotihuacan, dont l’apogée remonte entre 100 av. J.-C. et 550 ap. J.-C., reste un mystère en raison de l’absence de sources écrites directes de ses habitants.
Teotihuacan, souvent appelée la « cité des dieux », est un site archéologique emblématique du Mexique, célèbre pour ses pyramides monumentales comme la Pyramide du Soleil et la Pyramide de la Lune. Fondée vers 100 av. J.-C., cette cité a atteint son apogée entre 200 et 550 ap. J.-C., avec une population estimée à plus de 100 000 habitants, ce qui en faisait l’une des plus grandes villes du monde à cette époque. Malgré son importance historique, les origines ethniques et linguistiques de ses habitants restent mal connues. Les glyphes découverts en 1987 pourraient fournir des indices sur la langue parlée par ses habitants, un sujet de débat depuis des décennies. Les chercheurs tentent de reconstituer cette langue à partir de fragments, comme ceux trouvés sur des fresques, des poteries ou des stèles.
Les trois glyphes découverts en 1987 pourraient représenter une forme primitive du nahuatl, la langue des Aztèques, qui a dominé la Mésoamérique après l’effondrement de Teotihuacan. Le nahuatl est une langue agglutinante (où les mots sont formés en ajoutant des suffixes ou des préfixes à une racine) encore parlée aujourd’hui par environ 1,5 million de personnes au Mexique. Si ces glyphes sont bien une forme ancienne du nahuatl, cela suggérerait une continuité linguistique entre Teotihuacan et les civilisations ultérieures, comme les Aztèques. Cette hypothèse s’appuie sur des similitudes entre les symboles et des mots nahuatl connus. Cependant, les chercheurs restent prudents, car d’autres langues, aujourd’hui disparues, pourraient aussi être à l’origine de ces glyphes.
La découverte de ces glyphes en 1987 a ouvert une nouvelle piste pour comprendre l’histoire de Teotihuacan et de la Mésoamérique. Jusqu’à présent, les chercheurs se basaient principalement sur des artefacts et des ruines pour reconstituer le passé de cette cité. Ces symboles pourraient permettre de mieux cerner la structure sociale, religieuse ou politique de Teotihuacan. Par exemple, certains glyphes pourraient représenter des noms de lieux, de divinités ou de souverains. Leur étude est complexe, car les langues mésoaméricaines anciennes sont mal documentées et souvent sans lien direct avec les langues actuelles. Les archéologues collaborent avec des linguistes pour décrypter ces inscriptions et les replacer dans leur contexte historique.
Pour analyser ces glyphes, les chercheurs utilisent des techniques modernes comme la **photogrammétrie** (technique de mesure en 3D à partir de photos) et l’**imagerie multispectrale** (analyse de différentes longueurs d’onde de lumière pour révéler des détails invisibles à l’œil nu). Ces méthodes permettent de mieux distinguer les gravures, parfois effacées par le temps ou la végétation. Les glyphes sont comparés à d’autres inscriptions mésoaméricaines, comme celles des Mayas ou des Zapotèques, pour identifier des motifs récurrents. Les chercheurs s’appuient aussi sur des bases de données de symboles et des travaux antérieurs, comme ceux de l’archéologue **David Stuart**, spécialiste des écritures mayas, pour avancer dans leur interprétation.

