Phénoména, une célébration de la marginalité
Gaétan Paré signe sa première programmation du festival interdisciplinaire Phénomena..
Phénomena est un festival d’art interdisciplinaire qui célèbre la marginalité et la différence sous toutes ses formes. Pour sa 15e édition, il propose 16 événements répartis dans une dizaine de lieux à Montréal, dont six à La Sala Rossa. Le festival est coordonné par l’organisme à but non lucratif Les filles électriques et se distingue par une programmation accessible financièrement, avec des billets à 25 $ ou moins, sauf pour le concert de clôture de Marie Davidson au Club Soda. Gaétan Paré, artiste non binaire et nouveau directeur général et artistique, succède à D. Kimm et signe cette première programmation. Le festival se veut un espace de création pour des artistes hors normes, où les œuvres sont souvent présentées en chantier, permettant au public d’assister à leur évolution.
La Parade phénoménale est un événement phare du festival, où jusqu’à 400 participants défilent dans les rues de Montréal, attirant environ 3 000 spectateurs. Cette parade, organisée avec des ateliers dans des écoles et organismes comme Les Impatients et Le Chaînon, est conçue comme une manifestation artistique visant à occuper l’espace public avec de la magie, du rêve et de la folie. Le slogan du festival, « Soyons libres, indomptables et indisciplinés », reflète cette volonté de résistance. Phénomena propose également des cabarets, comme le Cabaret Dada ou le Cabaret féministe pas gentil du tout, qui sont des espaces sécuritaires pour les personnes en marge. Ces spectacles, sans quatrième mur (sans séparation entre la scène et le public), permettent aux artistes de tester des idées courtes et interactives.
Phénomena met un accent particulier sur l’accessibilité, notamment pour la communauté sourde. Cette année, la programmation inclut un cabaret mettant en vedette des artistes sourds, présenté en diverses langues des signes (LSQ pour la langue des signes québécoise). Le spectacle sera accessible aux entendants grâce à des interprètes, inversant ainsi les normes habituelles d’accessibilité. Gaétan Paré souligne que ces mesures ne sont pas destinées à une minorité, mais deviennent la norme pour tous. Il explique que son engagement envers cette communauté s’inscrit dans une identification personnelle en tant que personne queer, confrontée à des sentiments d’isolement et de rejet dans la société. Le festival cherche ainsi à créer un sentiment d’appartenance pour les personnes marginalisées.
Phénomena se positionne comme un acte de résistance face à la montée de discours politiques perçus comme transphobes, homophobes ou racistes. Gaétan Paré affirme que « certains de nos politiciens ont des propos transphobes, homophobes et racistes », justifiant ainsi la nécessité de tels espaces de création. Le festival utilise l’humour, la fête et la prise de parole pour défendre les libertés artistiques et individuelles. Son existence même est présentée comme une opposition à des tendances politiques jugées répressives. L’artiste souligne que cultiver la curiosité et l’empathie par des œuvres inachevées ou marginales contribue à rendre les spectateurs « de meilleurs humains ».
Parmi les événements marquants de cette édition, on trouve la *Parade phénoménale* le samedi, partant du parc Lahaie et défilant jusqu’au viaduc Rosemont-Van Horne, avec de l’animation et de la danse à l’arrivée. Le *LSQ en Cabaret* est programmé le 8 octobre à 19 h 30 au MAI — Montréal, arts interculturels. Le spectacle *I came to be fed/High Gear*, avec les chorégraphes Clara Furey et Kidows Kim, aura lieu le 20 octobre à 19 h à l’Espace Transmission. Enfin, la musicienne électronique Marie Davidson clôturera le festival le 22 octobre à 20 h au Club Soda avec son album *City of Clowns*. Ces propositions illustrent la diversité des formes artistiques explorées lors de Phénomena.

