Il y a 700 000 ans, les humains cohabitaient avec le plus grand mammifère terrestre de la planète dans la vallée du Jourdain : cette dent d'éléphant le prouve
Des restes dentaires d’éléphant préhistorique découverts au nord d’Israël parmi des outils en pierre reconstituent un écosystème disparu du Pléistocène moyen. The post Il y a 700 000 ans, les humains cohabitaient avec le plus grand mammifère terrestre de la planète dans la vallée du Jourdain : cette dent d’éléphant le prouve appeared first on Science et vie..
En septembre 2026, des chercheurs de l’université de Haïfa ont identifié une molaire d’éléphant préhistorique dans le gisement de Gesher Benot Ya’aqov, situé dans la vallée du Jourdain au nord d’Israël. Cette découverte est majeure car elle prouve la cohabitation entre les premiers humains et la mégafaune il y a environ 700 000 ans. La dent, appartenant à un Palaeoloxodon antiquus, était entourée d’outils en pierre en basalte, suggérant une interaction directe entre ces humains archaïques et l’animal. Le site, déjà connu pour ses vestiges archéologiques, offre ainsi un aperçu rare d’un écosystème disparu du Pléistocène moyen, une période géologique s’étendant de 2,58 millions à 11 700 ans avant notre ère.
L’analyse de la molaire a permis d’identifier l’espèce Palaeoloxodon antiquus, surnommé l’éléphant à défenses droites, comme le plus grand mammifère terrestre de son époque. Les chercheurs ont utilisé un scanner haute résolution pour étudier la structure de la dent, révélant une fréquence lamellaire de 5,37 plaques pour 10 cm, un indice d’hypsodontie de 2,57 (supérieur à 2,0, seuil qui distingue cette espèce des mammouths) et une usure caractéristique de l’émail. Ces mesures confirment que l’animal appartenait bien à cette espèce, aujourd’hui éteinte. Les isotopes du carbone et de l’oxygène présents dans l’émail de la dent ont également fourni des indices sur son alimentation et ses déplacements, suggérant un régime basé sur des plantes de type C3 (typiques des milieux boisés) et des mouvements le long du fleuve Jourdain.
Les analyses polliniques des sédiments entourant la molaire ont reconstitué un paysage dominé par des chênaies ouvertes (31 % des pollens), accompagnées de pins, cyprès et oliviers sauvages, avec une présence notable de graminées (16 %). Les zones humides, représentées par des roseaux, carex et potamots, couvraient plus d’un quart de l’assemblage pollinique, confirmant la présence d’un plan d’eau peu profond à proximité. Ce mélange de biomes (maquis, forêt sclérophylle et prairie tempérée) créait un environnement favorable à la fois pour la mégafaune et les premiers humains. Les modèles paléoclimatiques estiment que les précipitations annuelles atteignaient environ 600 mm et que la température moyenne annuelle était de 14,5 °C, soit 6,5 °C de moins qu’aujourd’hui dans cette région.
La vallée du Jourdain, et plus précisément le bassin de la Hula, fonctionnait comme un refuge écologique permanent il y a 700 000 ans. Grâce à ses sources et sa végétation méditerranéenne, ce territoire maintenait des conditions stables malgré les variations climatiques régionales. Les éléphants géants (*Palaeoloxodon antiquus*) y ont laissé des traces couvrant la période entre 780 000 et 690 000 ans, tandis que les premiers humains utilisaient ce même espace pour chasser, s’abriter et fabriquer des outils. Cette cohabitation, documentée par la présence concomitante de la molaire et des bifaces, illustre la complexité des écosystèmes du Pléistocène moyen et la capacité des espèces à s’adapter à des environnements en mutation.

