Les coulisses pas très nettes des maisons d'édition qui font payer le rêve d'être publié
Face aux refus des comités de lecture, de nombreux auteurs signent avec des maisons d'édition qui se présentent comme des éditeurs traditionnels. En réalité, ces contrats cachent des pratiques à la frontière de la légalité..
Marine, Lily et d'autres auteurs ont vécu des expériences similaires avec des maisons d'édition comme le Lys Bleu ou Hello Editions. Ces écrivains, enthousiastes à l'idée de voir leur livre publié, ont découvert après signature que l'éditeur leur demandait d'acheter 40 exemplaires de leur propre ouvrage. Marine raconte avoir reçu une correction orthographique minimale, un contrat à signer sans accompagnement, et une couverture qu'elle a dû refaire elle-même. Elle a aussi dû promouvoir son livre sans aide, en démarchant des libraires pour le placer en rayon. Ces pratiques ont révélé une arnaque, où l'auteur finance en partie sa publication tout en cédant ses droits d'auteur. Les témoignages, nombreux sur les réseaux sociaux et forums, décrivent un manque de transparence et un accompagnement quasi inexistant, malgré des promesses initiales.
Les contrats proposés par ces maisons d'édition contiennent des clauses jugées illégales ou abusives par la Société des Gens de Lettres (SGDL), une association qui défend les auteurs. Parmi ces clauses, on trouve l'obligation d'acheter un nombre d'exemplaires de son propre livre, le paiement d'options pour réserver des droits, ou encore la renonciation à une partie de la rémunération jusqu'à un certain seuil de ventes. Certains contrats prévoient même la résiliation ou la révision du contrat si les préventes sont insuffisantes. Emilie Le Mappian, directrice juridique de la SGDL, souligne que ces pratiques profitent de l'enthousiasme des auteurs, souvent peu informés des implications juridiques et financières de leur signature. Elle précise que, malgré ces dérives, certains auteurs restent satisfaits de leur expérience, bien que cela soit rare.
Ces maisons d'édition se présentent comme des maisons à compte d'éditeur, ce qui signifie qu'elles financent elles-mêmes la publication. Cependant, elles obligent souvent les auteurs à participer financièrement, ce qui les rapproche des maisons à compte d'auteur, où l'auteur paie pour être publié. Leur modèle repose sur la vente de livres aux auteurs et à leur entourage plutôt qu'au grand public. Par exemple, le Lys Bleu a publié plus de 10 000 références depuis 2017, avec un rythme de 91 livres prévus entre juillet et octobre 2026. Ces ouvrages sont imprimés à la demande, ce qui limite les coûts de stockage mais aussi la qualité de l'accompagnement éditorial. Les libraires, comme Véronique interrogée par Slate, considèrent que ces livres n'existent pas vraiment, car ils ne sont pas distribués en librairie et ne bénéficient d'aucun investissement éditorial classique.
Le manque de transparence est un problème central dans ce secteur. Les maisons d'édition concernées ne communiquent pas clairement sur leurs méthodes de sélection ou leurs obligations financières pour les auteurs. Par exemple, le Lys Bleu a été critiqué pour avoir accepté un livre généré par une intelligence artificielle, malgré ses déclarations sur le refus des textes non humains. Les outils de détection utilisés par l'éditeur sont jugés imparfaits. De plus, les contrats sont souvent signés sans explication préalable, laissant les auteurs dans l'ignorance de leurs droits et devoirs. Ce manque de clarté profite à ces entreprises, qui attirent des écrivains désespérés par les refus répétés des éditeurs traditionnels, où entre 95 % et 99 % des manuscrits sont rejetés.
Les conséquences pour les auteurs sont souvent désastreuses, tant sur le plan financier qu'émotionnel. Lily, une poétesse, raconte avoir développé un dégoût pour l'écriture après son expérience avec le Lys Bleu. Elle évoque des livres imprimés de manière défectueuse, un accompagnement fantôme et une impression générale d'arnaque. Ces expériences peuvent aussi nuire à la carrière des auteurs, qui perdent confiance en leur talent ou en l'industrie littéraire. La SGDL, souvent sollicitée après coup, recommande aux auteurs de faire relire leur contrat par un professionnel avant de signer. Pourtant, beaucoup ne le font pas, par manque d'information ou par précipitation, ce qui les expose à des pratiques abusives.
Les acteurs traditionnels du monde de l'édition, comme les libraires ou les associations d'auteurs, expriment leur mécontentement face à ces pratiques. Les libraires, comme Véronique, refusent souvent de mettre ces livres en rayon, car ils ne répondent pas aux critères de qualité ou de distribution habituels. La SGDL, quant à elle, dénonce ces maisons d'édition et met en garde les auteurs contre les contrats abusifs. Selon le dernier baromètre de la SCAM (Société Civile des Auteurs Multimédia), 31 % des auteurs estiment que leur relation avec leur éditeur s'est dégradée ces trois dernières années, et 52 % envisagent de recourir à une commission de médiation pour régler des litiges. Les maisons d'édition concernées, comme le Lys Bleu, se défendent en affirmant qu'elles ne sont pas des **maisons à compte d'auteur déguisées** et qu'elles travaillent à améliorer leur modèle.

