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Géopolitique

Comment l’ONU en crise va-t-elle choisir son prochain secrétaire général ?

Courrier International · mis à jour il y a 12 j

La 81e Assemblée générale de l’ONU s’est ouverte mardi 8 septembre à New York, alors que l’organisation est paralysée par les grandes puissances et menacée d’asphyxie financière. Avant le départ d’António Guterres, fin décembre, elle devra pourtant désigner son successeur au terme d’une procédure complexe, où les États-Unis ont toujours le dernier mot.

ONU en crise majeure

L’Organisation des Nations unies (ONU) traverse une crise profonde à l’approche de la fin du mandat d’António Guterres, prévu pour le 31 décembre 2026. Cette crise touche trois domaines principaux : l’autorité de l’institution, ses finances et sa pertinence face aux nouvelles alliances mondiales. Selon le Financial Times, l’ONU doit désormais faire face à une perte d’influence, ses médiations étant régulièrement ignorées par les grandes puissances. Par ailleurs, son budget est fragilisé par le désengagement financier des États-Unis, un contributeur historique. Enfin, ses structures, datant de 1945, sont critiquées pour ne plus refléter l’équilibre géopolitique actuel. Les pays préfèrent désormais négocier au sein de groupes comme le G7 (sept pays industrialisés) ou les Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud et autres membres associés), plutôt que de s’appuyer sur l’ONU.

Rôle du secrétaire général

Le secrétaire général de l’ONU est souvent décrit comme occupant le plus prestigieux et le plus frustrant des postes de la diplomatie internationale. Son mandat de cinq ans, renouvelable une fois, lui confère une visibilité mondiale, mais aussi des défis immenses. António Guterres quittera ses fonctions le 1er janvier 2027, laissant la place à son successeur. Selon Time Magazine, ce dernier devra probablement gérer une institution en déclin, avec des moyens réduits et une influence diminuée. Certains observateurs espèrent cependant qu’un nouveau leadership pourrait redonner un souffle à l’ONU et convaincre les États, grands et petits, d’investir davantage dans son fonctionnement. Le poste est traditionnellement occupé par un homme, mais une pression croissante existe pour qu’une femme soit élue cette fois-ci.

Processus de sélection

La désignation du secrétaire général suit une procédure complexe en deux étapes. D’abord, le Conseil de sécurité de l’ONU, composé de 15 membres (10 élus pour deux ans et 5 permanents avec droit de veto : États-Unis, Chine, Russie, Royaume-Uni et France), organise des votes exploratoires secrets. Pour chaque candidat, les membres indiquent s’ils l’encouragent, le découragent ou sont sans opinion. Un seul veto (bulletin rouge) d’un membre permanent suffit à éliminer un candidat. Pour être retenu, un candidat doit obtenir au moins 9 voix sur 15 et aucun veto. Ensuite, l’Assemblée générale des 193 États membres valide officiellement le choix, mais en pratique, elle n’a jamais rejeté un nom proposé par le Conseil de sécurité. Les États-Unis détiennent traditionnellement une influence décisive dans ce processus.

Candidats en lice

Neuf candidatures ont été déposées pour succéder à António Guterres, mais celle de Virginia Gamba (Argentine) a été retirée. Parmi les huit candidats restants, cinq sont des femmes : Michelle Bachelet (Chili), María Fernanda Espinosa et Ivonne A-Baki (Équateur), Rebeca Grynspan (Costa Rica) et Carolyn Rodrigues-Birkett (Guyana). Les autres candidats sont Rafael Grossi (Argentine), Olara Otunnu (Ouganda) et Macky Sall (Sénégal). Selon The Guardian, Rebeca Grynspan, économiste de 70 ans, était favorite après le premier vote exploratoire (10 avis favorables, 1 défavorable), mais Carolyn Rodrigues-Birkett (52 ans), ancienne ministre des Affaires étrangères du Guyana, a pris la tête lors du second tour (8 soutiens contre 7 pour Grynspan). Une rotation informelle suggère que le successeur devrait venir d’Amérique latine. Deux facteurs pourraient encore modifier la donne : l’émergence d’un candidat de poids ou la position des États-Unis.

Ce que ça pourrait changer

Le choix du prochain secrétaire général s’annonce comme un bras de fer diplomatique. Les États-Unis, traditionnellement déterminants, pourraient imposer leur préférence. Selon le *New York Post*, l’ancien président Donald Trump aurait envisagé de proposer Gianni Infantino, président de la Fifa, bien que la Maison-Blanche n’ait pas confirmé cette candidature. Infantino serait davantage un *ballon d’essai* qu’un sérieux prétendant. Par ailleurs, la pression pour une femme à ce poste s’intensifie. *The Christian Science Monitor* souligne que, depuis 80 ans, seuls des hommes ont occupé ce rôle, et que l’élection d’une femme marquerait une rupture symbolique. Enfin, le contexte géopolitique actuel, marqué par les tensions entre grandes puissances, ajoute une couche de complexité à ce processus déjà opaque.

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