C’est la fin de la « seconde intercalaire » : le temps mondial affiché par l’horloge atomique va différer de celui de la rotation de la Terre
À partir de 2027, l’horloge atomique ne rajoutera plus de seconde intercalaire afin d’éviter des bugs informatiques..
À partir du 20 mai 2027, les horloges atomiques mondiales ne procéderont plus à l’ajout de secondes intercalaires. Cette décision a été prise par la Conférence générale des poids et mesures (CGPM) lors de sa réunion à Versailles le 15 octobre 2026. Une seconde intercalaire est une seconde ajoutée occasionnellement pour synchroniser le temps atomique, extrêmement précis, avec la rotation légèrement irrégulière de la Terre. Cette rotation varie en effet de quelques millisecondes chaque jour en raison de facteurs comme les marées ou les mouvements des masses d’eau et d’air. Jusqu’à présent, ces ajustements permettaient de maintenir une cohérence entre les deux systèmes de mesure du temps.
La suppression de la seconde intercalaire répond à un problème technique majeur. Les géants de la tech comme Meta, Google, Microsoft et Amazon ont fortement milité pour cette réforme, car ces ajustements perturbent leurs infrastructures informatiques. En effet, les systèmes numériques modernes, qui reposent sur des réseaux synchronisés à la milliseconde, peuvent rencontrer des bugs lors de l’ajout ou du retrait d’une seconde. Par ailleurs, la rotation de la Terre s’accélère légèrement ces dernières années, ce qui rendrait nécessaire, à terme, de soustraire des secondes plutôt que d’en ajouter. Or, aucun système informatique n’est conçu pour gérer ce scénario, d’où le risque de pannes en cascade.
Avec la fin de la seconde intercalaire, le temps universel coordonné (UTC), basé sur les horloges atomiques, va progressivement se désynchroniser de la rotation réelle de la Terre. Cette différence pourrait atteindre 3 600 secondes (soit 1 heure) avant qu’un nouvel ajustement ne soit envisagé. Cependant, selon les estimations, cette situation ne devrait pas se produire avant l’an 3000. Le Bureau international des poids et mesures (BIPM) a donc décidé de ne pas réajuster le calendrier avant que cet écart ne devienne significatif. Cette décision est purement théorique, car elle n’aura aucun impact concret sur la vie quotidienne des humains.
Le temps universel coordonné (UTC) est la référence mondiale pour l’heure, utilisée dans les transports, les télécommunications et les transactions financières. Il est calculé à partir d’un réseau d’horloges atomiques, qui mesurent le temps avec une précision extrême en se basant sur les vibrations des atomes de césium. Contrairement au temps solaire, qui dépend de la rotation de la Terre, l’UTC est stable et ne varie pas. C’est pourquoi des ajustements comme la seconde intercalaire étaient nécessaires pour éviter un décalage croissant entre les deux systèmes. L’UTC est géré par le Bureau international des poids et mesures (BIPM), une organisation internationale basée en France.
La manière dont l’humanité mesure le temps a toujours été influencée par des considérations scientifiques, politiques et religieuses. Dans l’Antiquité, les Mésopotamiens et les Égyptiens comptaient les années à partir de l’accession au trône des rois, tandis que les Romains utilisaient des calendriers liés à la fondation de Rome ou aux noms des consuls. Jules César a introduit en 46 avant Jésus-Christ un calendrier de 365 jours avec une année bissextile tous les 4 ans, inspiré des cycles solaires. Ce système, modifié au XVIe siècle par le pape Grégoire XIII pour corriger un décalage, est à l’origine du calendrier grégorien utilisé aujourd’hui. Ces réformes montrent que le temps est aussi un outil de pouvoir et de contrôle social.
Les entreprises technologiques comme Meta, Google, Microsoft et Amazon ont joué un rôle clé dans la décision de supprimer la seconde intercalaire. Leur argument principal repose sur la stabilité des infrastructures numériques, essentielles pour des services comme les réseaux sociaux, les services cloud ou les transactions bancaires. Ces acteurs ont exercé des pressions pour éviter que des ajustements imprévisibles ne perturbent leurs systèmes. Leur influence illustre comment le temps, autrefois une question purement scientifique, est aujourd’hui aussi une affaire économique et politique, où les intérêts des grandes entreprises peuvent peser sur les décisions internationales.

