La lutte contre Alzheimer pourrait-elle passer par les muscles plutôt que par le cerveau ?
Des chercheurs explorent une approche innovante pour combattre Alzheimer en ciblant les muscles plutôt que le cerveau. Leur étude démontre une amélioration des capacités cognitives grâce à une meilleure communication inter-organes.
Une étude récente suggère que les muscles pourraient jouer un rôle clé dans la lutte contre la maladie d’Alzheimer, un champ traditionnellement réservé au cerveau. Les chercheurs ont découvert que les muscles, lorsqu’ils se contractent, libèrent des molécules appelées myokines, dont la cathepsine B, qui agissent comme des messagers chimiques dans l’organisme. Ces myokines circulent dans le sang et influencent le fonctionnement d’autres organes, y compris le cerveau. Parmi leurs effets, elles favorisent la plasticité cérébrale (la capacité du cerveau à s’adapter et à se réorganiser) et la neurogenèse (la formation de nouveaux neurones), deux processus essentiels pour la mémoire et l’apprentissage. Cette découverte ouvre une nouvelle piste pour comprendre comment protéger le cerveau contre les maladies neurodégénératives, en ciblant non pas directement le cerveau, mais les muscles.
Pour tester l’hypothèse selon laquelle les muscles pourraient protéger le cerveau contre Alzheimer, les chercheurs ont mené une expérience sur des souris génétiquement modifiées pour développer des caractéristiques de la maladie. Ils ont augmenté la production de cathepsine B spécifiquement dans les muscles de ces souris, en utilisant un vecteur viral. Après six mois, les résultats ont montré que les souris traitées préservaient leurs capacités de mémoire spatiale et d’apprentissage, contrairement aux souris non traitées. Leur cerveau présentait également une neurogenèse (formation de nouveaux neurones) restaurée dans l’hippocampe, une région clé pour la mémoire. Pourtant, les marqueurs classiques d’Alzheimer, comme les dépôts amyloïdes (accumulations de protéines anormales) ou l’inflammation cérébrale, étaient toujours présents. Ces résultats ont été publiés en 2025 dans la revue Aging Cell.
Cette étude propose une approche innovante pour traiter Alzheimer, en ciblant les muscles plutôt que le cerveau. Traditionnellement, les recherches se concentrent sur les mécanismes cérébraux, comme la réduction des dépôts amyloïdes ou la lutte contre l’inflammation. Cependant, cette étude montre que des améliorations cognitives peuvent survenir même sans modifier ces marqueurs. La cathepsine B et d’autres myokines pourraient ainsi devenir des cibles thérapeutiques, ouvrant la voie à des traitements basés sur l’activité physique ou des molécules mimant leurs effets. Cette piste suggère que l’exercice physique, qui stimule la production de myokines, pourrait jouer un rôle protecteur contre Alzheimer. Les chercheurs soulignent que cette stratégie contourne les cibles classiques de la maladie, offrant une approche complémentaire aux traitements existants.
Bien que cette étude ait été menée sur des souris, ses résultats pourraient avoir des implications pour l’humain. Des travaux antérieurs avaient déjà établi un lien entre la *cathepsine B* et les performances cognitives chez l’humain, suggérant que les mécanismes observés chez les souris pourraient s’appliquer à l’homme. L’activité physique, qui augmente naturellement la production de myokines, est déjà reconnue pour ses bienfaits sur la santé cérébrale. Cette étude renforce l’idée que l’exercice pourrait être un outil préventif ou complémentaire dans la lutte contre Alzheimer. Les chercheurs espèrent que ces découvertes encourageront de nouvelles recherches pour développer des thérapies ciblant les muscles ou les myokines, et ainsi offrir de nouvelles options aux patients et aux médecins.

