Tête-à-tête avec la gouverneure générale Louise Arbour
Unité nationale, IA, réconciliation avec les Autochtones : le regard de Louise Arbour sur le Canada..
Louise Arbour, gouverneure générale du Canada, a accordé une entrevue à Radio-Canada le 22 septembre 2026 lors de sa première visite officielle en Ontario. Cette rencontre, menée par le journaliste Jean-Loup Doudard, a abordé plusieurs sujets d’actualité comme l’unité nationale, l’intelligence artificielle (IA), la réconciliation avec les peuples autochtones et la place du français dans les institutions canadiennes. Louise Arbour, ancienne juge et haut fonctionnaire internationale, a souligné l’importance de ces enjeux dans ses fonctions actuelles, qui incluent la représentation de l’État canadien et la promotion des valeurs nationales.
Louise Arbour a insisté sur la nécessité de trouver un équilibre dans le développement de l’intelligence artificielle (IA), une technologie dont elle reconnaît le potentiel tout en craignant ses risques. Elle critique les discours polarisés, opposant les partisans d’une innovation accélérée aux sceptiques qui rejettent toute avancée. Pour elle, l’enjeu est de construire des systèmes d’IA dotés de garde-fous pour éviter des dysfonctionnements ou des catastrophes. Cette position a été exprimée lors de son discours d’inauguration et lors de sa rencontre avec des chercheurs et étudiants en IA à Toronto. L’IA désigne des systèmes capables d’imiter des comportements humains, comme le traitement du langage ou la prise de décision, et soulève des questions éthiques, sociales et sécuritaires.
Face aux tensions internes persistantes entre les régions du Canada, notamment au Québec et dans l’Ouest, Louise Arbour estime qu’il est temps de raviver le sentiment d’appartenance nationale. Elle souligne que les défis actuels, comme les enjeux géopolitiques ou économiques, poussent les Canadiens à se définir davantage comme un pays uni plutôt que par des identités régionales. Pour elle, cette période offre une opportunité de renforcer l’empathie et la compréhension mutuelle entre les Canadiens, en évitant de créer des gagnants et des perdants absolus. La gouverneure générale agit comme une figure symbolique de cohésion nationale, bien que son rôle soit principalement représentatif.
Louise Arbour a abordé la tension entre le développement économique, notamment l’exploitation des ressources naturelles comme les minéraux critiques en Ontario, et les droits des peuples autochtones. Elle rappelle que l’histoire du Canada est marquée par l’exploitation des territoires autochtones depuis la colonisation. Cependant, elle se dit optimiste quant aux progrès réalisés dans le cadre de la réconciliation, un processus visant à réparer les injustices historiques et à établir des relations plus respectueuses. Elle espère que les projets économiques futurs bénéficieront équitablement à tous les Canadiens, y compris aux Premières Nations, en évitant de répéter les erreurs du passé. La réconciliation inclut des mesures comme la consultation des communautés autochtones et la reconnaissance de leurs droits.
Louise Arbour a reconnu que les populations autochtones et d’autres groupes peuvent être sceptiques face aux engagements pris par les gouvernements, en raison d’un historique de promesses non tenues. Elle met en avant les avancées récentes, comme la Déclaration des droits des peuples autochtones de l’ONU, qui reconnaît leur droit à l’autogouvernance. Elle souligne également l’émergence d’un leadership autochtone plus attentif aux besoins de leurs communautés. Pour elle, ces évolutions, combinées à une meilleure compréhension de l’histoire canadienne, pourraient favoriser une relation plus inclusive et respectueuse entre tous les Canadiens, y compris les nouveaux arrivants.
À l’approche de la Journée des Franco-Ontariens, Louise Arbour a été interrogée sur la place du français en Ontario, une province non officiellement bilingue malgré l’égalité des langues anglaise et française devant les tribunaux. Elle a évité de se prononcer sur des mesures politiques spécifiques, comme l’imposition d’exigences linguistiques pour le poste de lieutenant-gouverneur, en rappelant que ce type de décision relève des institutions politiques. Elle a cependant souligné l’importance, pour toute fonction publique, de refléter la diversité culturelle et linguistique du pays. L’Ontario compte une importante communauté francophone, mais son statut minoritaire limite la reconnaissance officielle du français dans les institutions provinciales.
Après trois mois à la tête de la fonction de gouverneure générale, Louise Arbour a indiqué que ses priorités s’articulent autour des enjeux planétaires qui concernent le Canada, comme les changements climatiques, les nouvelles technologies et la mobilité humaine. Elle a également mentionné l’importance de la jeunesse dans la construction de l’avenir du pays. Bien qu’elle n’ait pas défini de dossiers strictement prioritaires, elle a insisté sur son rôle d’écoute et de représentation des Canadiens. Son mandat, qui dure généralement cinq ans, lui permet de s’adapter aux besoins émergents et de contribuer à façonner l’identité canadienne dans un monde en mutation.

