L’Azerbaïdjan interdit le voile à l’école, au grand dam de la Turquie
Bakou a imposé une interdiction du port du voile à l’école, le 21 septembre, mesure présentée comme répondant au principe de laïcité. Elle a pourtant créé l’émoi, notamment dans l’opinion turque.
Le 21 septembre 2026, les autorités azerbaïdjanaises ont interdit le port du voile islamique dans les écoles publiques. Cette mesure s’inscrit dans le cadre d’un nouveau règlement scolaire visant à garantir l’uniformité des tenues et à respecter le principe de laïcité. Selon les autorités, cette décision n’est pas motivée par une volonté d’islamophobie, mais par une approche pédagogique. Elles estiment que le voile est souvent imposé aux jeunes filles mineures sous la pression de leur famille ou de leur quartier, et qu’elles pourront librement choisir de le porter ou non une fois adultes. Cette interdiction concerne spécifiquement les écoles, où l’uniforme est obligatoire, et exclut les vêtements jugés non conformes à la laïcité ou rompant l’harmonie vestimentaire collective.
La décision azerbaïdjanaise a provoqué une vive réaction en Turquie, où une partie de l’opinion publique s’est indignée. Des images diffusées sur les réseaux sociaux montrant deux écolières azerbaïdjanaises en pleurs après avoir été refusées à l’entrée de leur école en raison de leur voile ont particulièrement ému. Le quotidien progouvernemental turc Türkiye a qualifié la situation de « crise du voile en Azerbaïdjan », évoquant des scènes rappelant des événements passés en Turquie. Cette interdiction a ravivé les tensions entre les deux pays, malgré leurs liens linguistiques et culturels communs, car leurs relations politiques sont déjà tendues. La Turquie, où le port du voile est largement répandu et accepté dans l’espace public, voit cette mesure comme une atteinte à la liberté religieuse.
L’Azerbaïdjan n’est pas le seul pays musulman de langue turcique à avoir adopté une telle mesure. Le Kazakhstan, le Turkménistan et l’Ouzbékistan ont également interdit le voile dans les écoles, suivant une approche similaire axée sur la laïcité et l’uniformité vestimentaire. Ces pays, bien que majoritairement musulmans, privilégient une séparation entre religion et éducation publique. En Azerbaïdjan, cette politique s’inscrit dans une stratégie plus large visant à moderniser l’image du pays et à renforcer son identité laïque, distincte de celle de ses voisins comme l’Iran ou la Turquie, où l’islam joue un rôle plus central dans la société.
Cette interdiction illustre les divergences croissantes entre l’Azerbaïdjan et la Turquie, deux pays pourtant liés par une langue commune et des alliances stratégiques. Le président azerbaïdjanais Ilham Aliev et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, bien qu’alliés sur certains dossiers comme le conflit au Haut-Karabakh, entretiennent des relations complexes. L’Azerbaïdjan, dirigé d’une main ferme depuis des décennies, cherche à affirmer son indépendance face à la Turquie, dont l’influence politique et culturelle est historiquement forte dans la région. Cette mesure vestimentaire devient ainsi un symbole des tensions sous-jacentes entre les deux nations.
Les partisans de l’interdiction en Azerbaïdjan, comme le rédacteur en chef du média *VisionTV*, défendent cette mesure en invoquant le respect de la laïcité et de l’égalité entre les élèves. Ils soulignent que le voile est parfois imposé aux jeunes filles par des pressions sociales ou familiales, et que cette interdiction vise à les protéger d’une décision qu’elles n’auraient pas prise librement. Selon eux, cette approche permet aux enfants de se concentrer sur leurs études sans être influencés par des normes religieuses ou communautaires. Ils rejettent l’accusation d’islamophobie, insistant sur le fait que la mesure s’applique à tous les vêtements jugés non conformes, et non uniquement au voile.

