Ormuz : des navires sous drapeau nicaraguayen transportent-ils du pétrole russe et iranien ?
Des pétroliers naviguant sous pavillon nicaraguayen sont soupçonnés de transporter du pétrole pour le compte de la Russie et de l’Iran. Cette pratique, permettant selon les analystes de contourner les sanctions occidentales, met en lumière les failles du contrôle maritime et interroge sur le rôle du régime Ortega-Murillo dans ces immatriculations suspectes..
Depuis plusieurs mois, des pétroliers arborant le drapeau du Nicaragua ont été repérés près du détroit d’Ormuz, une zone stratégique située entre le golfe Persique et le golfe d’Oman, par laquelle transite environ 20 à 30 % du pétrole mondial. Pourtant, le Nicaragua ne possède aucune flotte pétrolière significative. Ces navires, comme le pétrolier Al Jafzia repéré au large de Bombay en juillet 2026, sont rattachés au port de Corinto, au Nicaragua, bien que leur activité réelle semble liée à d’autres pays. Cette pratique soulève des questions sur l’origine de ces immatriculations et leur légitimité.
Des organisations spécialisées dans le renseignement maritime, comme la société Windward, ont identifié un réseau international impliqué dans le transport de pétrole russe et iranien. Ce réseau utiliserait des navires sous pavillon nicaraguayen pour contourner les sanctions internationales imposées par les États-Unis et l’Union européenne (UE) contre ces deux pays. Ces sanctions visent à limiter les revenus pétroliers de la Russie, engagée dans la guerre en Ukraine depuis 2022, et de l’Iran, soumis à des restrictions pour son programme nucléaire. Le Nicaragua est devenu, au premier trimestre 2026, un pays clé pour ces immatriculations frauduleuses, selon La Prensa, un quotidien nicaraguayen.
Les immatriculations frauduleuses désignent le fait de faire enregistrer un navire sous un pavillon (drapeau d’un pays) sans que ce dernier n’ait de lien réel avec ce pays. Dans ce cas, des navires transportant du pétrole russe ou iranien sont enregistrés au Nicaragua, un pays qui n’a pas de flotte pétrolière, pour échapper aux contrôles et aux sanctions. Cette pratique permet de masquer l’origine réelle du pétrole et de ses propriétaires, rendant plus difficile le traçage des cargaisons. Le Nicaragua est devenu, selon les analystes, un pavillon de complaisance, c’est-à-dire un pays qui vend son pavillon à des armateurs étrangers sans exercer de contrôle réel sur leurs activités.
Le régime du président nicaraguayen Daniel Ortega et de sa vice-présidente Rosario Murillo est pointé du doigt pour son implication dans ces immatriculations suspectes. Le Nicaragua, dirigé depuis 2007 par ce couple au pouvoir, est accusé de faciliter ces pratiques en échange de revenus financiers. Les autorités nicaraguayennes n’ont pas réagi publiquement à ces accusations, et les médias locaux comme La Prensa, souvent critiques envers le gouvernement, ont été contraints à l’exil ou à la censure. Cette situation interroge sur la transparence du régime et son rôle dans les réseaux de contournement des sanctions internationales.
Cette stratégie de contournement des sanctions a des répercussions majeures sur la géopolitique mondiale. Elle permet à la Russie et à l’Iran de maintenir leurs revenus pétroliers malgré les restrictions, affaiblissant l’efficacité des mesures prises par les États-Unis et l’UE. De plus, elle met en lumière les failles du contrôle maritime international, où des pavillons de complaisance comme celui du Nicaragua deviennent des outils pour contourner les règles. Cette situation pourrait encourager d’autres pays ou entreprises à adopter des pratiques similaires, compliquant davantage la lutte contre les flux financiers illicites et les violations des sanctions.

