Les missions spatiales prolongées pourraient affecter la santé des femmes astronautes : une découverte importante pour les futures bases lunaires
La conquête spatiale souffre d'un biais colossal : l'entièreté de ses programmes s'est bâtie sur la physiologie masculine, érigée à tort en norme universelle. Il a fallu attendre plus de soixante ans après le vol de Valentina Terechkova (première femme à être allée dans l'espace) pour que la médecine spatiale commence enfin à se pencher sérieusement sur l'impact de ce milieu extrême sur le microbiome vaginal.
Les agences spatiales comme la NASA et l’ESA préparent activement des missions de longue durée vers la Lune et Mars, incluant des bases lunaires habitées. Cependant, un aspect crucial reste peu étudié : l’impact de ces voyages sur la santé des femmes astronautes, notamment leur microbiome vaginal. Ce terme désigne l’ensemble des bactéries présentes dans le vagin, essentielles pour protéger contre les infections et maintenir l’équilibre immunitaire. Les conditions extrêmes de l’espace — microgravité (apesanteur), hypergravité (force supérieure à la normale), stress physiologique, perturbations du rythme circadien (cycle veille-sommeil) et exposition aux rayonnements cosmiques — pourraient perturber cet écosystème délicat. Historiquement, la médecine spatiale s’est principalement concentrée sur les hommes, laissant les effets sur les femmes largement inexplorés. En 2026, une étude de l’Université de Floride du Sud dirigée par la gynécologue Begum Mathyk a révélé que ces facteurs pourraient altérer significativement la flore vaginale.
Pour évaluer ces effets, une équipe de chercheurs a recruté quatre femmes en âge de procréer pour une expérience en microgravité simulée. Les participantes ont embarqué à bord d’un avion laboratoire, le Falcon-20, modifié pour recréer des conditions proches de l’espace. L’appareil a effectué neuf paraboles (manœuvres en arc balistique) générant 20 secondes de microgravité quasi totale (0,0 G) et des phases d’hypergravité (2 G). Au total, les femmes ont subi 167 secondes en apesanteur et 387 secondes en hypergravité, un stress comparable à celui d’un vol orbital. Des prélèvements de salive et de flore vaginale ont été réalisés avant et après le vol. Les échantillons ont été analysés par séquençage métagénomique, une technique permettant d’étudier simultanément toutes les bactéries présentes dans un échantillon, sans cibler une espèce en particulier. Les résultats ont montré que 57,9 % des espèces bactériennes vaginales avaient subi des modifications significatives, contre seulement 2,54 % pour la flore buccale, soulignant une vulnérabilité spécifique de la zone vaginale.
L’étude a révélé que la structure du microbiome vaginal s’est profondément transformée après le vol. Les bactéries du genre Lactobacillus (notamment L. crispatus et L. jensenii), qui maintiennent normalement l’acidité du vagin et protègent contre les agents pathogènes, sont devenues dominantes. Cependant, cette prolifération s’est accompagnée d’un appauvrissement de la diversité bactérienne, réduisant la capacité de l’écosystème à s’adapter aux perturbations. Par ailleurs, les niveaux de cortisol salivaire (hormone du stress) ont augmenté chez toutes les participantes, indiquant un stress biologique aigu. Les concentrations d’acides gras à chaîne courte (comme l’acétate ou le butyrate), produits par les bactéries et impliqués dans la régulation immunitaire et la protection des muqueuses, ont également diminué. Ces changements suggèrent que l’organisme des femmes a réagi de manière intense aux conditions spatiales simulées.
Malgré ces découvertes, l’étude reste *exploratoire* en raison de ses limites méthodologiques. L’échantillon était très restreint (quatre participantes) et les conditions de vol n’ont pas permis de reproduire l’exposition aux *rayonnements cosmiques* réels d’un séjour orbital. Begum Mathyk, la chercheuse à l’origine de l’étude, souligne la nécessité de mener des *études longitudinales* (sur une longue durée) et *mécanistiques* (analysant les mécanismes biologiques) pour comprendre la persistance et l’impact clinique de ces changements lors de missions spatiales prolongées. Elle insiste sur l’urgence de combler ce *vide scientifique*, estimant que les futures astronautes ne devraient pas subir les conséquences de recherches obsolètes. En 2026, les connaissances sur ce sujet restent encore *parcellaires*, malgré l’augmentation des équipages mixtes dans l’espace.

