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Alors que les étés sont de plus en plus secs, ces solutions pourraient aider l’agriculture à économiser l’eau

Science & Vie · mis à jour 31 août

Alors que la France connaît, en cet été 2026, une situation exceptionnelle de sécheresse, les cultures agricoles souffrent. Dans le même temps, la loi d’urgence agricole, votée au Sénat le 21 juillet dernier, a entériné le doublement des objectifs de stockage de l’eau à usage agricole à l’horizon 2035.

Sécheresse 2026 en France

En été 2026, la France fait face à une sécheresse exceptionnelle qui menace les cultures agricoles. Parallèlement, une loi d’urgence agricole adoptée le 21 juillet 2026 a doublé les objectifs de stockage d’eau à usage agricole d’ici 2035. Cette situation illustre un paradoxe : le changement climatique augmente les besoins en eau des cultures, tandis que les ressources hydriques (nappes phréatiques, rivières, lacs) se raréfient. Les étés deviennent plus secs et plus longs, réduisant les pluies et accentuant la pression sur les sols et les réserves d’eau disponibles pour l’agriculture.

Irrigation : un usage critique

L’irrigation représente entre 7 % et 12 % des prélèvements d’eau en France, mais environ 60 % de la consommation totale d’eau. Cette différence s’explique par le fait que l’eau utilisée pour l’irrigation ne retourne pas directement aux hydrosystèmes : elle s’évapore ou est absorbée par les plantes. En période estivale, dans certaines régions comme la zone méditerranéenne ou le sud-ouest, l’irrigation peut atteindre 90 % de la consommation d’eau, alors que les débits des cours d’eau sont au plus bas. Cela crée des tensions entre les différents usages de l’eau et la nécessité de préserver les ressources naturelles.

Impact du changement climatique

Avec le réchauffement climatique, chaque degré supplémentaire augmente l’évaporation, réduisant ainsi les ressources en eau disponibles et augmentant la pression sur les nappes et les rivières. Les besoins en eau des cultures augmentent avec les températures, tandis que les ressources hydriques diminuent en raison de sécheresses plus fréquentes et plus longues. Face à cette situation, l’enjeu est de réduire les prélèvements agricoles dans les hydrosystèmes en diminuant les besoins en eau des cultures et en favorisant l’infiltration et le stockage de l’eau dans les sols.

Choisir des espèces résistantes

Une solution consiste à sélectionner des espèces végétales adaptées au stress hydrique ou des variétés tolérantes à la sécheresse. Ces plantes peuvent réduire les besoins en eau, mais il faut trouver un équilibre entre leur capacité à résister au manque d’eau et leur rendement. Par exemple, une plante en manque d’eau peut développer davantage ses racines pour explorer le sol, mais cela limite la croissance des parties récoltées, ce qui peut faire baisser le rendement. Les recherches de l’Inrae explorent ces compromis pour identifier les variétés les plus adaptées.

Rôle clé des sols

La capacité d’un sol à stocker l’eau dépend de sa texture (proportion de sable, limon et argile) et de sa teneur en matière organique, issue des résidus végétaux et de l’activité des organismes du sol. Une bonne structuration des sols, favorisée par certaines pratiques agricoles, permet à l’eau de mieux pénétrer et circuler. Cela limite le ruissellement et augmente la quantité d’eau disponible pour les plantes. Les pratiques comme la réduction du labour ou l’introduction de couverts végétaux améliorent cette structuration et le stockage de l’eau.

Agroécologie et pratiques durables

L’agroécologie vise à concevoir une agriculture durable en s’appuyant sur des principes écologiques. Plusieurs pratiques permettent de mieux gérer l’eau : maintenir une couverture végétale entre deux cultures pour limiter l’évaporation, utiliser des couverts végétaux pour enrichir le sol en matière organique, alterner les cultures pour stimuler la vie du sol, ou réduire le labour pour préserver la porosité du sol. L’introduction d’arbres (agroforesterie) réduit aussi l’évaporation grâce à l’ombrage et améliore les conditions de croissance des cultures en surface.

Résultats concrets de l’agroécologie

Des programmes de recherche comme BAG’AGES, mené dans le bassin Adour-Garonne, montrent que ces pratiques peuvent modifier durablement le fonctionnement hydrique des sols. Elles permettent une meilleure infiltration de l’eau, une augmentation du réservoir d’eau utile de 10 à 15 % dans l’horizon de surface du sol par rapport à des sols labourés, et une réduction du ruissellement. Ces effets varient selon les types de sols et peuvent prendre plusieurs années avant d’être pleinement observables. En systèmes irrigués, ces pratiques permettent de réduire les besoins en eau d’irrigation et donc les prélèvements dans les ressources hydriques.

Repenser l’irrigation

L’irrigation reste nécessaire pour certaines productions sensibles comme le maraîchage ou l’arboriculture, ou dans des contextes climatiques très secs. Plutôt que de chercher à l’éliminer, il s’agit de reconsidérer son usage dans une transition agroécologique. Le projet TAI-OC, mené en Occitanie depuis fin 2022, étudie une approche appelée « irrigation multiservice ». Cette méthode vise à maximiser les bénéfices écologiques de l’irrigation, comme l’installation d’arbres, la production de couverts végétaux ou la régulation des ravageurs, tout en réduisant la dépendance globale à l’eau à long terme.

Ce que ça pourrait changer

Les pratiques agroécologiques s’intègrent dans des projets territoriaux de gestion de l’eau (PTGE), qui visent à équilibrer les usages de l’eau, la disponibilité des ressources et la qualité des milieux aquatiques face au changement climatique. Ces projets montrent que la gestion quantitative de l’eau et la transformation des systèmes agricoles doivent être pensées ensemble. Les solutions de stockage d’eau dans des retenues ne devraient être envisagées qu’après une évaluation comparative de tous les leviers disponibles, comme l’évolution des systèmes de culture, les économies d’eau ou la recharge des nappes.

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