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Du rayonnement des palmarès à l’ère de l’écoute en ligne

Le Devoir · mis à jour il y a 9 j

Ces monuments de prescription musicale peuvent-ils jouer du coude avec la personnalisation des algorithmes?.

Palmarès : outils d'hier ?

Les palmarès, autrefois références incontournables pour découvrir de la musique, semblent aujourd'hui moins influents avec l'arrivée des algorithmes et des plateformes d'écoute en ligne. Ces algorithmes, comme ceux de Spotify ou Apple Music, proposent des recommandations personnalisées sans que l'utilisateur ait besoin de chercher activement. Les palmarès traditionnels, basés sur les ventes d'albums ou les diffusions radio, perdent ainsi leur monopole. Par exemple, les ventes d'albums physiques sont en déclin depuis des années, tout comme l'écoute des radios commerciales. Pourtant, ces classements conservent une certaine pertinence pour l'industrie musicale, notamment pour les artistes qui y voient un outil de crédibilité ou pour les professionnels qui les utilisent comme indicateurs des tendances.

Fonctionnement des palmarès

Les palmarès fonctionnent différemment selon leur source. Ceux des radios, comme ceux de MusiquePlus ou MusiMax, reflètent souvent les choix éditoriaux des directeurs musicaux, qui sélectionnent les titres en fonction de critères artistiques ou commerciaux. Par exemple, Mike Gauthier, ancien directeur musical de ces chaînes, souligne que ces palmarès étaient autrefois entièrement déterminés par l'équipe de programmation. À l'inverse, les palmarès en ligne, comme ceux d'Amazon Music ou de Shazam, se basent sur des données d'écoute en temps réel. Estelle Grignon, directrice musicale de CHOQ.ca, compile quant à elle deux palmarès hebdomadaires : un local et un international, classés selon le nombre de rotations des titres par les animateurs. Ces classements servent aussi à promouvoir la diversité musicale, avec une attention particulière aux genres, aux origines et aux identités.

Rôle des algorithmes et réseaux sociaux

Les algorithmes et les réseaux sociaux, notamment TikTok, jouent un rôle croissant dans la découvrabilité des musiques. Yara El-Soueidi, consultante chez Amazon Music Canada, explique que les tendances sur ces plateformes influencent directement les choix de programmation. Par exemple, une chanson peut devenir virale sur TikTok et générer des millions d'écoutes, même si elle est ancienne. Les palmarès en ligne, comme ceux du Billboard ou de l'ADISQ, sont consultés pour identifier ces tendances, mais l'engagement des auditeurs (likes, partages, écoutes répétées) devient le critère principal. Les algorithmes privilégient ainsi les titres qui suscitent une forte interaction, plutôt que ceux qui se vendent le plus. En 2026, seulement quatre titres différents ont occupé la première place du Billboard Hot 100 depuis le début de l'année, illustrant la domination de quelques titres récurrents.

Limites des palmarès traditionnels

Les palmarès traditionnels, comme ceux des radios ou des ventes d'albums, présentent plusieurs limites. D'abord, ils peuvent être manipulés, comme le montre le phénomène du payola dans les années 1950, où des maisons de disques payaient des stations pour diffuser leurs titres. Aujourd'hui, il est possible d'acheter des streams ou des écoutes pour gonfler artificiellement les chiffres. Ensuite, ces palmarès ne reflètent pas toujours les goûts réels des auditeurs. Yara El-Soueidi souligne que les chansons les plus écoutées en ligne ne garantissent pas une affinité avec l'auditeur. De plus, les palmarès des radios commerciales sont souvent critiqués pour leur manque de diversité, car ils privilégient les titres grand public au détriment des artistes émergents. Enfin, les palmarès en ligne, bien que plus transparents, peuvent aussi être biaisés par des algorithmes qui favorisent les titres déjà populaires.

Radios universitaires : dernier rempart ?

Les radios universitaires, comme CHOQ.ca ou CISM, sont considérées comme les derniers bastions de la découvrabilité musicale authentique. Contrairement aux radios commerciales, elles ne sont pas soumises aux mêmes pressions économiques et peuvent prendre des risques en programmant des artistes émergents ou des genres moins mainstream. Par exemple, CISM a joué un rôle clé dans la découverte du groupe québécois Les Trois Accords avant que celui-ci ne soit repéré par les radios commerciales. Estelle Grignon, directrice musicale de CHOQ.ca, souligne que ces radios offrent une programmation plus humaine et moins biaisée, où les directeurs musicaux sélectionnent les titres en fonction de leurs goûts et de leurs connaissances. Ces palmarès sont donc perçus comme plus crédibles et utiles pour les artistes en quête de visibilité.

Découvrabilité : l'humain vs la machine

La question de la découvrabilité musicale oppose deux approches : celle des humains et celle des algorithmes. Les humains, comme les directeurs musicaux ou les animateurs radio, apportent une dimension subjective et artistique à la programmation. Par exemple, Yara El-Soueidi, consultante chez Amazon Music Canada, se présente comme une ambassadrice de la musique québécoise et sélectionne des titres en fonction de leur pertinence culturelle. À l'inverse, les algorithmes privilégient les données quantitatives, comme le nombre d'écoutes ou d'interactions, pour proposer des recommandations. Cependant, ces algorithmes peuvent aussi favoriser la répétition de titres populaires au détriment de la diversité. Les trois experts interrogés s'accordent à dire que, malgré leurs limites, les palmarès restent un outil utile pour l'industrie musicale, à condition de les utiliser avec discernement.

Ce que ça pourrait changer

Les palmarès, qu'ils soient traditionnels ou modernes, continuent de jouer un rôle dans l'industrie musicale, mais leur influence a évolué. Pour les artistes, ils offrent une visibilité et une crédibilité, notamment pour les dossiers de presse ou les demandes de subventions. Par exemple, les palmarès des radios universitaires sont souvent cités comme des références par les médias spécialisés disparus, comme *Voir* ou *Bande à part*. Pour les professionnels, comme Mike Gauthier ou Estelle Grignon, ces classements restent un outil de veille pour identifier les tendances émergentes. Cependant, leur impact sur le grand public est moindre, car les auditeurs se tournent de plus en plus vers les recommandations personnalisées des plateformes en ligne. L'industrie doit donc s'adapter à cette nouvelle réalité, tout en conservant des outils comme les palmarès pour garantir une certaine diversité et équité.

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