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Des scientifiques découvrent un lien entre pollution atmosphérique et fertilité masculine. Les générations futures menacées par ce que nous respirons

Presse-Citron · mis à jour il y a 21 j

Si vous habitez en ville, vous les respirez tous les jours : le dioxyde d'azote et l'ozone, deux gaz aujourd'hui suspectés d'interférer avec les instructions génétiques que vos spermatozoïdes emportent avec eux jusqu'à l'embryon..

Pollution et santé

La pollution de l’air, qu’elle soit intérieure ou extérieure, est responsable d’environ 7 millions de décès prématurés chaque année dans le monde. Parmi les effets les plus connus figurent les maladies cardiovasculaires comme les accidents vasculaires cérébraux (AVC) ou les infarctus, ainsi que des troubles respiratoires comme l’asthme ou les infections aiguës. La pollution est également associée à des risques accrus de cancers du poumon et de maladies neurologiques, comme le déclin cognitif ou la maladie d’Alzheimer. Dans les années 2010, des études en spermiologie ont révélé que cette pollution avait aussi un impact sur la qualité du sperme, notamment en réduisant la concentration et la mobilité des spermatozoïdes chez les hommes exposés aux particules fines et aux gaz d’échappement.

Étude clé à Salt Lake City

Une étude majeure publiée en juillet 2026 par le Dr. Carrie Nobles et présentée lors du congrès de l’ESHRE (European Society of Human Reproduction and Embryology) a suivi plus de 2 000 hommes originaires de Salt Lake City (Utah) pendant quatre ans, entre 2013 et 2017. Les participants ont fourni des échantillons de sperme à intervalles réguliers, correspondant à la durée de la spermatogenèse, soit environ trois mois. Les chercheurs ont ensuite croisé ces échantillons avec les relevés de qualité de l’air pour identifier les polluants ayant le plus d’impact sur la fertilité masculine. Salt Lake City, entourée de montagnes et soumise à un trafic dense ainsi qu’à un chauffage au gaz naturel, présente des niveaux élevés de dioxyde d’azote et d’ozone, deux gaz particulièrement étudiés.

Méthylation de l’ADN

La méthylation de l’ADN est un mécanisme naturel qui permet à une cellule de désactiver un gène sans le supprimer. Elle fonctionne comme une étiquette chimique, appelée groupement méthyle, qui empêche les protéines de lire la séquence génétique concernée. Dans le cas des spermatozoïdes, cette méthylation joue un rôle clé : elle transmet au futur embryon les instructions génétiques du père, en indiquant quels gènes doivent rester silencieux. L’étude a montré que le dioxyde d’azote et l’ozone, deux polluants urbains, modifiaient cette méthylation dans les spermatozoïdes, ce qui pourrait affecter la fertilité masculine et la santé des générations futures.

Gène GNAS en ligne de mire

Parmi les 39 gènes dont la méthylation était perturbée par la pollution, un seul a particulièrement retenu l’attention des chercheurs : le gène GNAS (Guanine Nucleotide-binding protein, Alpha Stimulating activity polypeptide). Ce gène est particulier car son activité dépend du parent qui le transmet : la copie paternelle et la copie maternelle portent des étiquettes de méthylation distinctes. Le gène GNAS est également impliqué dans d’autres études liant la qualité du sperme au développement fœtal. Après la fécondation, la plupart des étiquettes de méthylation sont effacées, mais celles du gène GNAS, héritées du père, persistent. Cela soulève des questions sur l’influence de la pollution atmosphérique paternelle non seulement sur la fertilité, mais aussi sur la santé de l’enfant à naître.

Ce que ça pourrait changer

Les résultats de l’étude suggèrent qu’une exposition à la pollution atmosphérique pendant la formation des spermatozoïdes pourrait modifier leur ADN, y compris sur des gènes comme GNAS, impliqués dans la spermatogenèse et le développement précoce de l’embryon. Le Dr. Carrie Nobles souligne que ces conclusions sont préliminaires et qu’il est nécessaire de reproduire ces résultats sur d’autres cohortes avant d’en tirer des implications cliniques. Cependant, la rigueur du protocole (grande taille de l’échantillon, suivi long, rythme des prélèvements) renforce la crédibilité de ces découvertes. L’étude ouvre ainsi la voie à de nouvelles recherches pour comprendre si la pollution paternelle influence uniquement la fertilité ou aussi la grossesse et la santé des enfants.

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