« Je risque la mort » : au Brésil, l'inquiétude des militants écologistes à l'approche des élections
Projets pétroliers ou ferroviaires contestés : au Brésil, le bilan écologique du président sortant Lula est contrasté. Mais à l'approche du scrutin, la peur de Flavio Bolsonaro au pouvoir réunit les militants écolo.
Au Brésil, les élections générales de 2022 ont opposé le président sortant Jair Bolsonaro, candidat à sa réélection, à l’ancien président Luiz Inácio Lula da Silva. Ces élections se sont déroulées dans un contexte de tensions politiques et sociales marquées, notamment autour de la question environnementale. Bolsonaro, connu pour ses positions favorables à l’exploitation des ressources naturelles et à la réduction des protections environnementales, a été battu par Lula, qui a promis un retour à des politiques de préservation de l’Amazonie. Cette alternance politique suscite des craintes chez les militants écologistes, qui craignent une intensification des violences contre eux dans les mois précédant et suivant le scrutin.
Les militants écologistes brésiliens, en particulier ceux qui luttent contre la déforestation illégale et les activités minières dans l’Amazonie, subissent depuis des années des menaces de mort et des violences. Selon l’organisation Global Witness, le Brésil a été le pays le plus dangereux au monde pour les défenseurs de l’environnement en 2020, avec 20 meurtres enregistrés. Les militants dénoncent une augmentation des menaces depuis l’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro en 2019, période durant laquelle les politiques environnementales ont été assouplies, favorisant l’exploitation des terres et les conflits fonciers. Les acteurs clés incluent des organisations comme le Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST) ou des groupes indigènes comme la Coordination des organisations indigènes du Brésil (COIAB).
Avec l’approche des élections de 2022, les militants écologistes craignent une escalade des violences, notamment en raison des discours de certains candidats et de leurs partisans. Jair Bolsonaro a régulièrement minimisé les problèmes environnementaux et soutenu les activités économiques au détriment de la protection des forêts. À l’inverse, Luiz Inácio Lula da Silva, élu président, a promis de renforcer les politiques de lutte contre la déforestation et de protéger les peuples indigènes. Cependant, entre les deux tours de l’élection, des rumeurs de fraude et des tensions ont persisté, alimentant un climat d’insécurité. Les militants interrogés par Reporterre expriment leur inquiétude face à l’incertitude politique et aux risques accrus pour leur sécurité.
Les institutions brésiliennes, comme la Police fédérale ou le Ministère public fédéral, ont un rôle clé dans la protection des militants écologistes, mais leur action est souvent critiquée pour son inefficacité ou son manque de moyens. Par exemple, seulement 10 % des cas de violences contre les défenseurs de l’environnement aboutissent à une condamnation, selon des rapports d’ONG. Les militants dénoncent également le manque de protection de l’État, notamment dans les régions reculées de l’Amazonie, où les forces de l’ordre sont rares. Les organisations internationales, comme l’Organisation des Nations unies (ONU) ou l’Union européenne, ont appelé le Brésil à renforcer la sécurité des écologistes, mais sans garantie de résultats concrets. La situation reste donc précaire pour ceux qui luttent pour la préservation de l’environnement.
Plusieurs militants écologistes brésiliens ont témoigné anonymement auprès de *Reporterre* de leur peur croissante à l’approche des élections. L’un d’eux, membre d’une organisation locale de protection de l’Amazonie, a déclaré : *« Je risque la mort chaque jour. Les menaces sont devenues quotidiennes, et l’impunité est totale. »* Ces témoignages illustrent le climat de terreur dans lequel vivent ces acteurs, souvent isolés dans des zones reculées. Les militants soulignent que les assassinats de leaders environnementaux, comme celui de *Dorothy Stang* en 2005 ou de *Ari Uru-Eu-Wau-Wau* en 2020, restent impunis et servent d’avertissement à ceux qui osent s’opposer aux puissants intérêts économiques. Leur combat est à la fois vital pour l’écosystème et extrêmement dangereux.

