Climat : le monde vers un réchauffement de 2, 6 °C
Le monde « ne peut plus éviter de dépasser la limite de 1,5 °C d'ici 2100 », selon l'ONU..
Le monde se dirige vers un réchauffement moyen de 2,6 °C d’ici 2100 par rapport aux niveaux préindustriels, selon le dernier rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) publié en octobre 2026. Cette estimation est plus élevée que celle de l’année précédente, qui prévoyait un réchauffement de 2,3 °C à 2,5 °C. Cette révision s’explique notamment par le retrait des États-Unis, deuxième plus grand pollueur mondial, de l’Accord de Paris en 2017 et par une réévaluation des émissions historiques. Si les politiques actuelles sont maintenues sans amélioration, le réchauffement pourrait même atteindre 2,8 °C. L’Accord de Paris, signé en 2015, avait fixé comme objectif de limiter ce réchauffement à 1,5 °C, un seuil désormais considéré comme hors de portée sans des efforts immédiats et massifs. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, qualifie cette situation d’urgence climatique, soulignant que les engagements actuels des États sont insuffisants pour éviter des conséquences dramatiques.
Les effets du changement climatique sont déjà perceptibles à l’échelle mondiale, avec une multiplication des phénomènes extrêmes : inondations meurtrières, vagues de chaleur intenses et incendies incontrôlables. Ces événements sont directement liés à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre (GES), principalement issus de la combustion du charbon, du pétrole et du gaz. Les GES piègent la chaleur dans l’atmosphère, provoquant une élévation progressive des températures. Selon les scientifiques, chaque dixième de degré supplémentaire au-delà de 1,5 °C aggrave la fréquence et l’intensité de ces catastrophes naturelles. Par exemple, le dépérissement des récifs coralliens ou la fonte du pergélisol (sol gelé en permanence dans les régions polaires) deviennent plus probables, avec des impacts en cascade sur les écosystèmes et les populations. Les pays du G20, responsables des trois quarts des émissions mondiales, sont particulièrement pointés du doigt pour leur inaction relative.
Les engagements pris par les États pour réduire leurs émissions de GES, comme ceux inscrits dans leurs Contributions déterminées au niveau national (CDN), sont jugés insuffisants par l’ONU. Ces CDN représentent les plans climatiques nationaux soumis dans le cadre de l’Accord de Paris. Selon le rapport du PNUE, la mise en œuvre de ces engagements ne permettrait qu’une réduction des émissions de 5 à 8 % d’ici 2030 et de 11 à 15 % d’ici 2035, par rapport à 2025. À l’inverse, pour limiter le réchauffement à 1,7 °C ou 1,8 °C avant de redescendre sous 1,5 °C d’ici 2100, une baisse de 18 % des émissions serait nécessaire dès 2030, suivie de réductions de 45 % en 2035 et de 69 % en 2040. L’écart entre les promesses et les actions concrètes est donc criant, avec des conséquences irréversibles si aucune mesure supplémentaire n’est prise rapidement.
Malgré ce constat alarmant, le rapport du PNUE envisage un scénario où le réchauffement pourrait être contenu entre 1,7 °C et 1,8 °C avant de redescendre sous 1,5 °C d’ici la fin du siècle. Pour y parvenir, les pays devront accélérer significativement leurs efforts, notamment en développant les énergies renouvelables et en réduisant drastiquement leur dépendance aux combustibles fossiles (charbon, pétrole, gaz). Aujourd’hui, la capacité mondiale en énergies renouvelables progresse trois fois plus vite que prévu, et l’énergie solaire photovoltaïque a été multipliée par sept. Cependant, des blocages persistent, notamment sur la sortie des combustibles fossiles et la lutte contre la déforestation. Inger Andersen, directrice exécutive du PNUE, insiste sur l’urgence d’agir, affirmant que la fenêtre d’opportunité pour éviter le pire se referme rapidement. La 31e conférence de l’ONU sur le climat, prévue du 9 au 20 novembre 2026 en Turquie, sera un moment décisif pour relancer les négociations.
Parmi les six plus grands émetteurs de GES, les données préliminaires pour 2025 montrent une hausse des émissions aux États-Unis, en Indonésie et en Chine, tandis que l’Inde, la Russie et l’Union européenne enregistrent une baisse. Les pays riches du G20, responsables des trois quarts des émissions mondiales, sont particulièrement critiqués pour leur manque d’action historique. Mohamed Adow, directeur de *Power Shift Africa*, dénonce un *échec historique du leadership politique*, soulignant que les conséquences se mesureront en vies humaines et non seulement en degrés de réchauffement. Les scientifiques rappellent que les données sur le climat sont claires depuis des décennies, mais que les gouvernements ont souvent préféré reporter les décisions plutôt que d’agir. La sortie progressive des combustibles fossiles et la protection des forêts restent des points de blocage majeurs, malgré l’urgence climatique.

