Vous allez peut-être croiser la seule espèce «immortelle» en vous baignant cet été
Une méduse de la taille d'un dé à coudre est capable de vivre éternellement, du moins en laboratoire. Cette espèce particulière revient à son état juvénile au moment où d'autres périssent..
La Turritopsis dohrnii, surnommée la « méduse immortelle », est la seule espèce animale connue capable de tromper la mort. Contrairement aux autres méduses qui meurent après s’être reproduites, cette petite créature marine (quelques centimètres seulement) possède une capacité exceptionnelle : elle peut revenir à un stade juvénile, comme un papillon redevenant chenille, et recommencer son cycle de vie indéfiniment. Cette particularité a été observée en laboratoire par Maria Pia Miglietta, professeure en biologie marine à l’université A&M du Texas, où les spécimens peuvent théoriquement vivre éternellement. Dans la nature, leur immortalité est cependant limitée par les prédateurs, qui peuvent les dévorer avant qu’elles ne se réincarnent.
Lorsque la Turritopsis dohrnii est confrontée à des conditions défavorables (température élevée, coupure physique, famine ou présence de produits chimiques dans l’eau), elle ne meurt pas. Au lieu de cela, elle coule au fond de l’eau, se recroqueville sur elle-même et, en 1 à 2 jours, se transforme en un nouveau polype, génétiquement identique au précédent. Ce processus, appelé transdédifférenciation, lui permet de recommencer son développement à zéro. Seule une espèce parmi les huit connues du genre Turritopsis possède cette capacité, ce qui en fait un cas unique dans le règne animal. Les scientifiques étudient ce mécanisme pour comprendre les secrets de la longévité et du rajeunissement cellulaire.
La Turritopsis dohrnii se rencontre principalement dans les eaux chaudes de la mer Méditerranée, de l’Atlantique, ainsi que sur les côtes japonaises et brésiliennes. Ces régions offrent des conditions favorables à son développement. Bien que discrète en raison de sa petite taille, cette méduse est considérée comme l’une des plus belles créatures marines par la biologiste australienne Lisa-ann Gershwin, qui a étudié ces animaux. Son corps délicat et ses tentacules en forme de voile en font une espèce remarquable, tant par son apparence que par ses capacités biologiques uniques.
La capacité de la Turritopsis dohrnii à échapper à la mort fascine les scientifiques, car elle contraste avec la quête humaine d’immortalité. Alors que les entrepreneurs de la Silicon Valley explorent des solutions comme l’injection de sang « jeune » ou la cryoconservation pour prolonger la vie humaine, cette méduse offre un exemple naturel de résistance à la mort. Lisa-ann Gershwin souligne que cette juxtaposition entre la volonté humaine de survivre et l’absurdité de trouver cette capacité chez une méduse est à la fois surprenante et amusante. Cependant, contrairement aux rêves d’immortalité humaine, l’immortalité de cette méduse reste limitée par les aléas naturels comme les prédateurs.
Alors que les baigneurs profitent des plages en août, la découverte d’une *Turritopsis dohrnii* est possible, mais rare. Les spécialistes recommandent de garder les yeux ouverts lors des plongées ou des baignades dans les zones où cette méduse est présente. Son apparence de petit dés à coudre et son corps translucide la rendent difficile à repérer. Bien qu’elle ne représente aucun danger pour l’homme, sa rencontre offre une occasion unique d’observer une espèce qui défie les lois de la biologie. Les scientifiques continuent d’étudier cette méduse pour percer les secrets de son immortalité et, peut-être, en tirer des enseignements pour la médecine ou la recherche sur le vieillissement.

