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Culture

Gaz hilarant : comment adapter l'offre de soin pour les patients souffrant d'addiction.

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 2 h

Pour répondre au besoin de prise en charge des patients en zones sans offre clinique, une filière d’addictologie spécialisée a été créée en 2026 à l’hôpital René-Muret-Bigottini à Sevran..

Addiction au gaz hilarant

Le gaz hilarant ou protoxyde d'azote (N₂O) est une substance autrefois utilisée en médecine pour ses effets anesthésiants et euphorisants. Aujourd'hui, son usage détourné comme drogue récréative, notamment en cartouches pour siphons à chantilly, pose un problème de santé publique croissant. Ce gaz agit en bloquant l'absorption de la vitamine B12, essentielle au fonctionnement du système nerveux. Une carence prolongée peut endommager la myéline, une gaine protectrice des fibres nerveuses, entraînant des troubles moteurs, cognitifs ou psychiatriques. En France, cette addiction touche particulièrement les jeunes, avec une hausse des cas signalés depuis 2020. Les symptômes incluent des engourdissements, des troubles de la mémoire, des difficultés à marcher ou des hallucinations. Les professionnels de santé soulignent l'urgence d'une prise en charge adaptée, car les séquelles peuvent être irréversibles si l'exposition au gaz persiste.

Manque de structures spécialisées

Face à l'augmentation des cas d'addiction au protoxyde d'azote, les structures de soins existantes en addictologie se révèlent insuffisantes, notamment dans les zones urbaines densément peuplées comme la Seine-Saint-Denis. En 2026, il manquait des unités dédiées pour répondre à la demande croissante, laissant de nombreux patients sans accompagnement adapté. Les délais d'attente pour une consultation en addictologie pouvaient s'étendre sur plusieurs mois, aggravant l'état des patients. Cette situation a conduit à la création d'une filière spécialisée à l'hôpital René-Muret-Bigottini à Sevran, dirigée par le Professeur Romain Icick, pour absorber cette demande et offrir une prise en charge rapide et ciblée. L'objectif était de réduire les inégalités territoriales d'accès aux soins.

Approche pluridisciplinaire

La nouvelle filière spécialisée mise en place à l'hôpital René-Muret-Bigottini repose sur une approche pluridisciplinaire, associant plusieurs professionnels de santé pour une prise en charge globale des patients. Une équipe composée de psychiatres, neurologues, addictologues, kinésithérapeutes, ergothérapeutes et psychologues travaille en collaboration pour évaluer les séquelles cérébrales, cognitives et motrices des patients. Cette méthode permet d'adapter les soins en fonction des besoins individuels, en combinant des évaluations médicales, des thérapies et un suivi psychologique. L'objectif est de traiter à la fois les symptômes physiques et les troubles psychiatriques liés à l'addiction, tout en prévenant les rechutes. Cette approche holistique est considérée comme plus efficace que les prises en charge traditionnelles, souvent limitées à un seul domaine médical.

Recherche et innovation

L'hôpital René-Muret-Bigottini ne se limite pas à la prise en charge des patients : il intègre également une dimension recherche pour mieux comprendre les mécanismes d'altération du protoxyde d'azote sur l'organisme. Les scientifiques étudient les effets du gaz à long terme sur le cerveau, notamment ses impacts sur la myéline et les fonctions cognitives. Ces travaux visent à développer des traitements plus ciblés et à améliorer les protocoles de soins. La recherche clinique menée sur place permet également de former les professionnels de santé aux spécificités de cette addiction émergente. Cette synergie entre soins et recherche positionne l'établissement comme un centre de référence en addictologie pour le protoxyde d'azote en France.

Ce que ça pourrait changer

La création de cette filière spécialisée à Sevran répond à un besoin urgent en **Île-de-France**, où la Seine-Saint-Denis est particulièrement touchée par l'addiction au protoxyde d'azote. En 2026, cette région comptait parmi les plus fortes concentrations de cas en France, avec des jeunes issus de milieux socio-économiques variés concernés. L'hôpital René-Muret-Bigottini, situé dans ce département, joue un rôle clé en offrant une solution locale et accessible. Cette initiative s'inscrit dans une volonté plus large de réduire les disparités territoriales en matière de santé, en apportant des soins de qualité à proximité des patients. Elle illustre aussi l'importance de l'adaptation des politiques publiques aux nouvelles addictions, souvent sous-estimées par les dispositifs traditionnels.

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