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Géopolitique

Washington fait pression sur l’Europe pour qu’elle libère ses réserves de gazole

Courrier International · mis à jour 2 oct.

L’administration Trump a appelé jeudi les Européens à mettre “immédiatement” ce carburant sur le marché pour contrer l’envolée des prix de l’énergie. Selon plusieurs médias, Washington fait notamment pression sur la France et l’Allemagne pour qu’elles puisent dans leurs réserves stratégiques.

Pression américaine

Les États-Unis, représentés par l’administration du président Donald Trump, font pression sur l’Europe pour qu’elle libère une partie de ses réserves stratégiques de gazole (diesel). Cette demande s’inscrit dans un contexte de flambée des prix du carburant aux États-Unis, où le prix moyen du diesel a augmenté de 70 % depuis le début de la guerre avec l’Iran. Les responsables américains, comme le ministre des Finances Scott Bessent et celui de l’Énergie Chris Wright, ont publiquement appelé les pays européens, notamment la France et l’Allemagne, à agir rapidement. Selon eux, l’Europe doit contribuer à stabiliser les prix en mettant sur le marché des volumes supplémentaires de gazole, prélevés sur ses réserves stratégiques. En cas de refus, Washington menace d’interdire les exportations de gazole américain vers l’Europe, une mesure qui pourrait aggraver la pénurie sur le continent.

Contexte européen

L’Europe se trouve dans une position délicate face à cette demande américaine. Le continent est devenu de plus en plus dépendant des importations de carburants en provenance des États-Unis depuis la perte des approvisionnements en provenance de Russie, un pays autrefois principal fournisseur de gazole et d’autres énergies fossiles. Selon les données de S & P Global, l’Europe importe environ 1,5 million de barils de diesel par jour, dont un tiers provient des États-Unis. Cette dépendance est accentuée par la réduction du nombre de raffineries européennes ces dernières années, en raison des coûts d’exploitation élevés et des réglementations climatiques. De plus, l’Europe aborde l’hiver avec des stocks de gaz naturel au plus bas depuis plusieurs années, en raison des perturbations au Moyen-Orient, ce qui rend la situation encore plus critique.

Réactions européennes

Face à la pression américaine, les pays européens tentent de coordonner une réponse commune. Une réunion d’urgence a été organisée le 2 octobre 2026 entre la Commission européenne et les États membres de l’Union européenne pour discuter des mesures à prendre. Selon des sources proches des discussions, la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Irlande et le Royaume-Uni ont convenu de répondre « d’une seule voix » aux pressions des États-Unis. Cependant, ces pays cherchent à désamorcer la situation sans céder immédiatement aux demandes américaines. Comme l’a expliqué une source anonyme à Politico Europe, il s’agit de trouver un équilibre entre fermeté et diplomatie : « Quand on a affaire à un lion affamé, on ne cherche pas nécessairement à jouer à un jeu de dupes avec lui. » Les ministres européens doivent également faire face à la menace américaine d’une interdiction des exportations de gazole, une mesure qui pourrait avoir des conséquences graves pour l’approvisionnement énergétique du continent.

Enjeux politiques

Cette crise survient à moins de cinq semaines des élections de mi-mandat aux États-Unis, un scrutin crucial pour le parti républicain. Les républicains, au pouvoir avec Donald Trump, cherchent à faire baisser les prix des carburants dans le pays pour séduire les électeurs, notamment les agriculteurs et les routiers, deux groupes particulièrement touchés par la hausse des prix. La dépendance européenne aux importations américaines de gazole ajoute une dimension géopolitique à cette crise. Comme l’a souligné Fatih Birol, directeur de l’Agence internationale de l’énergie, l’Europe est l’une des régions les plus exposées à la flambée des prix du diesel, en raison de sa forte dépendance aux importations et de la saison hivernale qui approche. Les décisions prises dans les prochains jours pourraient donc avoir des répercussions bien au-delà des simples questions énergétiques.

Ce que ça pourrait changer

La situation actuelle met en lumière la vulnérabilité de l’Europe face aux fluctuations des marchés énergétiques internationaux. Depuis la guerre en Ukraine et les sanctions contre la Russie, l’Europe a dû se tourner vers d’autres fournisseurs pour ses besoins en énergie, notamment les États-Unis. Cependant, cette dépendance expose le continent à des pressions politiques et économiques extérieures. Les réserves stratégiques de gazole, comme celles du pétrole, sont des stocks constitués par les États pour faire face à des crises majeures, comme des pénuries ou des chocs de prix. En Europe, ces réserves sont gérées par les États membres, mais leur utilisation doit être coordonnée pour éviter des déséquilibres sur le marché. La crise actuelle soulève donc une question plus large : comment concilier sécurité énergétique et indépendance face aux pressions géopolitiques ?

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