Afrique du Sud : l’ONU alerte sur une nouvelle flambée de violences xénophobes
Meurtres, déplacements forcés, enlèvements, pillages et perquisitions : un Comité de l’ONU tire la sonnette d’alarme face à la recrudescence des violences xénophobes et des crimes de haine visant les migrants en Afrique du Sud..
Depuis le début de l’année 2026, l’Afrique du Sud fait face à une augmentation alarmante des violences à l’encontre des migrants, réfugiés et demandeurs d’asile. Selon le Comité des Nations Unies pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD), au moins quatre migrants ont été tués et environ 50 000 personnes ont été déplacées de force par des civils ou des groupes d’autodéfense. Ces violences s’accompagnent d’enlèvements, de pillages et de la destruction de biens appartenant à des migrants. Des propriétaires ont également procédé à des expulsions illégales, aggravant la précarité de ces populations. Le CERD, une instance de l’ONU chargée de lutter contre les discriminations raciales, qualifie la situation de « préoccupante » et souligne l’urgence d’agir pour protéger les victimes.
Les migrants ne sont pas seulement victimes de violences physiques, mais aussi de campagnes de haine en ligne. Le CERD dénonce la diffusion massive sur les réseaux sociaux et Internet de stéréotypes préjudiciables et de discours incitant à la violence. Deux organisations sud-africaines sont particulièrement pointées du doigt : la Fondation Insizwa Nobunsizwa pour le développement et le mouvement March and March. Leurs messages, selon le Comité, alimentent la stigmatisation et l’intolérance, créant un climat de peur et d’insécurité pour les migrants. Ces plateformes en ligne jouent un rôle clé dans l’amplification des tensions, en normalisant des idées discriminatoires et en encourageant des actes violents.
Le CERD critique sévèrement les forces de l’ordre sud-africaines pour leur gestion des violences xénophobes. Le Comité reproche à la police deux problèmes majeurs : le profilage racial, une pratique qui consiste à cibler des individus en fonction de leur apparence ou de leur origine, et l’usage disproportionné de la force. De nombreuses victimes hésitent à porter plainte, soit par crainte de représailles, soit par méconnaissance de leurs droits. Cette situation aggrave l’impunité des auteurs de violences et renforce le sentiment d’insécurité parmi les migrants. Le CERD exige que ces pratiques cessent et que des mécanismes accessibles soient mis en place pour signaler les abus.
Les violences xénophobes en Afrique du Sud s’inscrivent dans un contexte de fractures sociales et économiques persistantes. Le pays hérite des inégalités issues de l’apartheid, un système de ségrégation raciale officiellement aboli en 1994 mais dont les conséquences se font encore sentir. À cela s’ajoutent des retards administratifs dans la délivrance de documents d’identité et de visas, ce qui rend les migrants particulièrement vulnérables. Les difficultés socio-économiques du pays, comme le chômage ou la pauvreté, sont souvent instrumentalisées pour désigner les migrants comme des boucs émissaires. Le CERD souligne que ces facteurs structurels alimentent la xénophobie et rendent les migrants plus exposés aux violences.
Face à cette crise, le Comité des Nations Unies pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD) a appelé le gouvernement sud-africain, dirigé par le président Cyril Ramaphosa, à passer des paroles aux actes. Bien que le chef de l’État ait condamné publiquement, le 7 juin 2026, les violences xénophobes et les discours de haine, le CERD estime que ces déclarations ne suffisent pas. L’instance onusienne exige que Pretoria agisse contre les causes profondes de la xénophobie, notamment en démantelant les groupes organisés qui se livrent à des actions de justice populaire (des lynchages ou des expulsions illégales menés par des civils). Le CERD recommande également une coopération renforcée avec les médias et les plateformes numériques pour lutter contre les discours de haine en ligne, ainsi que l’interdiction du profilage racial par la police.
Pour mettre fin à cette dynamique de haine, le CERD demande à l’Afrique du Sud de mener des **enquêtes impartiales** sur les violences signalées, incluant meurtres, pillages, enlèvements, expulsions illégales, contrôles d’identité abusifs et perquisitions ciblant les migrants. L’instance onusienne insiste sur la nécessité de garantir aux victimes des mécanismes accessibles pour porter plainte et obtenir réparation. Elle exhorte également les autorités à traduire en justice les responsables de ces actes et à protéger les migrants contre toute forme de discrimination. L’objectif est d’enrayer la spirale de violence et de restaurer un climat de sécurité pour tous, y compris pour les populations les plus vulnérables du pays.

