Pourquoi les militaires cherchent toujours leur AirTag
La géolocalisation des soldats sur le terrain donne toujours du fil à retordre aux ingénieurs..
En 2024, lors d’une mission d’infiltration sous voile pour le 1er régiment de parachutistes d’infanterie de marine (1er RPIMa), des militaires français ont été confrontés à un problème majeur : le brouillage de leurs systèmes GPS. Ce terme désigne l’interférence volontaire des signaux satellites pour empêcher leur utilisation. Sans GPS, les parachutistes ne pouvaient plus calculer leur position ni celle de leurs camarades, mettant en péril la coordination de l’opération. Le Blue Force Tracking (suivi des forces amies) est une technologie censée résoudre ce problème en permettant de localiser chaque soldat sur le terrain, comme une carte interactive dans un jeu vidéo. Cependant, cette mission a révélé les limites actuelles de ces systèmes face aux nouvelles menaces électroniques.
Le brouillage GPS n’affecte pas seulement les militaires. En mars 2026, autour de Dubaï, des avions civils ont affiché des positions erronées sur Flightradar24, un site de suivi des vols. Ces avions ne volaient pas à une vitesse supersonique, mais leurs balises GPS avaient été perturbées par des actions de brouillage destinées à tromper les drones ennemis. Ce phénomène, surnommé Moon walk (marche lunaire), illustre l’ampleur du problème. Les militaires français et leurs alliés doivent désormais composer avec cette menace croissante, notamment en Ukraine et au Moyen-Orient, où le brouillage est devenu omniprésent. Les systèmes de géolocalisation classiques, comme le GNSS (Global Navigation Satellite System), sont particulièrement vulnérables.
Face à ces défis, plusieurs solutions innovantes sont en développement. L’entreprise Sysnav propose une technologie de navigation magnéto-inertielle, appelée LocIndoor, qui utilise des capteurs à bas coût (environ 1 000 €) pour localiser les soldats sans dépendre du GPS. Cette solution promet une erreur de localisation inférieure à 1 % de la distance parcourue et combine navigation à l’estime et positionnement absolu. Une autre approche, développée par l’adjudant Rico, repose sur Navdac, un système intégré utilisant du matériel militaire existant. Enfin, le projet BIP (anciennement K-trace), porté par l’entreprise Kineis, mise sur une constellation de 25 satellites en orbite basse pour une géolocalisation souveraine et sécurisée. Ce boîtier de 10 cm de haut et 300 g permet aussi d’envoyer des alertes en cas de blessure.
Si ces nouvelles technologies offrent des perspectives prometteuses, elles soulèvent aussi des questions de sécurité. Les militaires craignent que ces dispositifs connectés ne deviennent des cibles pour l’ennemi ou ne génèrent une charge mentale excessive pour les soldats. Par exemple, un traqueur AirTag d’Apple, utilisé pour localiser des objets, illustre la simplicité que ces outils doivent conserver pour ne pas alourdir la tâche des combattants. De plus, l’utilisation de satellites non européens ou de systèmes mal sécurisés pourrait exposer les forces à des cyberattaques ou à des fuites de données stratégiques. La souveraineté des technologies utilisées est donc un enjeu clé pour les armées françaises.
Ces innovations ne restent pas au stade théorique. En mai 2026, lors de l’exercice *Orion 2026*, qui simule des combats modernes, plusieurs de ces solutions ont été testées. L’exercice visait à évaluer la capacité des armées françaises à mener des engagements majeurs et à renforcer leur résilience. Le projet *BIP* a notamment été déployé, avec plusieurs milliers d’équipements livrés au premier semestre 2026. Ces tests permettent d’affiner les technologies avant leur déploiement opérationnel. L’Agence de l’innovation de défense (AID) et des industriels comme Sysnav ou Kineis collaborent étroitement pour adapter ces solutions aux besoins réels des soldats.

