Les rebelles du Tigré se disent «en guerre totale» contre le gouvernement éthiopien
Des combats opposent l’armée fédérale à des groupes armés dans le nord du pays de 130 millions d’habitants..
L’Éthiopie, pays d’Afrique de l’Est peuplé de 130 millions d’habitants, traverse une crise politique et militaire majeure depuis plusieurs mois. Le conflit oppose principalement le gouvernement fédéral, dirigé par le premier ministre Abiy Ahmed, aux autorités rebelles du Tigré, une région du nord du pays. Le Tigré est dirigé par le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), un parti politique qui a gouverné l’Éthiopie pendant près de 30 ans avant d’être écarté du pouvoir en 2018. Les tensions entre ces deux acteurs s’inscrivent dans un contexte plus large de rivalités régionales, notamment avec l’Érythrée, un pays voisin avec lequel le Tigré partage une frontière. L’Érythrée, indépendante depuis 1993, entretient des relations tendues avec l’Éthiopie depuis des décennies. Ces antagonismes ont déjà conduit à une guerre meurtrière entre 2020 et 2022, faisant au moins 600 000 morts selon l’Union africaine, une estimation que de nombreux experts jugent sous-évaluée.
Jeudi 24 septembre 2026, les autorités rebelles du Tigré ont officiellement annoncé être en guerre totale contre le gouvernement fédéral éthiopien. Cette déclaration marque une escalade majeure dans un conflit qui couvait depuis des mois. Les combats opposent désormais les forces fédérales à des groupes armés dans plusieurs régions du nord du pays, notamment en Afar et en Amhara. Les rebelles du TPLF affirment avoir pris le contrôle des trois aéroports du Tigré mercredi, un symbole de leur capacité à contrôler les infrastructures stratégiques de la région. Parallèlement, des affrontements sont signalés près de localités clés comme Yalo en Afar, où des tirs à l’arme lourde ont causé des blessés et des déplacements de population. Les vols vers Lalibela, une ville sainte inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, ont été suspendus en raison des combats dans l’Amhara.
L’armée fédérale éthiopienne a annoncé avoir tué 272 rebelles depuis le début des combats mardi 22 septembre 2026. Ces chiffres n’ont pas pu être vérifiés de manière indépendante par l’AFP. Les affrontements se déroulent dans un contexte de tensions accrues, avec des frappes de drones menées par le gouvernement fédéral sur le Tigré depuis début août. Les groupes armés, dont le TPLF, ont formé une coalition appelée Coalition pour la survie, regroupant sept groupes opposés au gouvernement. Leur objectif affiché est de renverser l’exécutif d’Addis Abeba, la capitale éthiopienne. Les rebelles ont également annoncé des contre-offensives à grande échelle en réponse à ce qu’ils qualifient d’attaques aériennes et terrestres de l’armée fédérale. Les combats se concentrent notamment autour de Waldiya, une localité stratégique située à 330 km d’Addis Abeba, sur un axe routier majeur menant à la capitale.
Les rebelles du Tigré et leurs alliés cherchent à couper les approvisionnements de la capitale éthiopienne pour affaiblir le gouvernement fédéral. En Afar, leur objectif est de bloquer l’accès au port de Djibouti, par lequel transite l’essentiel des importations du pays. En Amhara, ils tentent de contrôler les routes menant à Addis Abeba, notamment celle passant par Waldiya. Ces stratégies visent à asphyxier économiquement le gouvernement et à le forcer à négocier. Parallèlement, le gouvernement fédéral accuse le TPLF de s’allier avec d’autres groupes armés régionaux ainsi qu’avec l’Érythrée, un pays avec lequel les relations sont historiquement tendues. Le gouvernement éthiopien a également évoqué des ingérences persistantes d’éléments hostiles dans ses affaires intérieures, sans préciser leur nature. Les États-Unis ont récemment levé les sanctions et embargos sur les armes visant l’Éthiopie et l’Érythrée, une décision qui pourrait influencer l’équilibre des forces sur le terrain.
Face à l’escalade du conflit, l’Union africaine et l’Union européenne ont appelé à une *désescalade immédiate* mercredi 23 septembre 2026. Ces organisations internationales craignent une reprise à grande échelle de la guerre au Tigré, moins de quatre ans après la signature de l’accord de Pretoria, qui avait mis fin au précédent conflit en 2022. À l’ONU, le président éthiopien Taye Atske Sélassié, dont le rôle est principalement honorifique, s’est félicité de la *retenue* du gouvernement fédéral, tout en dénonçant des *ingérences étrangères*. Aucune réponse n’a été obtenue de la part de la porte-parole du premier ministre Abiy Ahmed concernant les dernières déclarations des rebelles. Le silence des autorités éthiopiennes contraste avec l’urgence de la situation, alors que les combats s’intensifient et que le risque d’un conflit régional plus large grandit.

