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Géopolitique

Ceuta : crise politique, après la publication d’un rapport accusant la police marocaine de “permissivité”

Courrier International · mis à jour il y a 18 j

À l’occasion de manifestations de soutien à l’enclave, la droite espagnole demande des comptes au gouvernement de Pedro Sánchez, mis à mal par le leak d’une note de 55 pages contredisant sa version des faits sur les événements de fin juillet..

Crise à Ceuta

Ceuta est une petite enclave espagnole située en Afrique du Nord, en bordure du Maroc. Elle est séparée de ce dernier par une frontière terrestre et maritime de seulement quelques kilomètres. Ce territoire, qui fait partie de l’Espagne depuis le XVIe siècle, est souvent au cœur de tensions migratoires en raison de sa proximité avec le Maroc. En juillet 2026, une crise majeure a éclaté lorsque des dizaines de milliers de personnes ont franchi la frontière pour entrer à Ceuta. Cet événement a provoqué une crise politique en Espagne, notamment après la publication d’un rapport accablant pour le Maroc.

Rapport policier espagnol

Un rapport de 55 pages, rédigé par le Centre national de l’immigration et des frontières (Cenif), une unité de la police espagnole, a été rendu public le 2 septembre 2026. Ce document contredit la version officielle du gouvernement espagnol sur les événements de fin juillet à Ceuta. Selon ce rapport, la police marocaine aurait fait preuve d’une permissivité totale en n’empêchant pas l’afflux de migrants. Les enquêteurs soulignent que les forces de l’ordre marocaines n’ont pas tenté de disperser ou d’éloigner les migrants des zones frontalières, contrairement à leurs habitudes. Le rapport mentionne également des témoignages de migrants affirmant que des policiers marocains en uniforme leur auraient indiqué de traverser la mer pour entrer à Ceuta.

Accusations contre le Maroc

Le rapport policier espagnol suggère que l’attitude de la police marocaine n’était pas un simple manque de réaction, mais une opération délibérée. Selon les enquêteurs, cette permissivité visait à empêcher l’Espagne de réagir efficacement, contrairement à ce qui s’était passé lors des précédentes crises migratoires de 2021 et 2024. Le document inclut même des photographies de policiers marocains présumés en uniforme. Ces accusations ont été relayées par des médias espagnols comme El País, qui parle d’une stratégie planifiée pour déstabiliser l’Espagne.

Réaction du gouvernement

Le gouvernement espagnol, dirigé par Pedro Sánchez, a vivement réagi à la publication de ce rapport. Le président a affirmé, dès le 31 août 2026, qu’aucun service de renseignement espagnol ou étranger ne remettait en cause la responsabilité du Maroc dans cette crise. Le ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a également nié toute implication des autorités marocaines dans l’organisation de l’afflux migratoire. Le chef de la police espagnole, Francisco Pardo, a quant à lui démenti l’existence même d’un rapport liant le Maroc à ces événements. Ces déclarations ont été faites malgré les preuves présentées dans le document.

Manifestations en Espagne

Le 2 septembre 2026, des manifestations de grande ampleur ont eu lieu dans toute l’Espagne pour soutenir Ceuta. Ces rassemblements, organisés par le Parti populaire (PP) et le parti d’extrême droite Vox, ont rapidement pris une tournure politique. Les manifestants, estimés entre 50 000 et 150 000 à Madrid, ont brandi des drapeaux espagnols et de Ceuta, scandant des slogans hostiles à Pedro Sánchez. Les médias espagnols comme elDiario.es ont noté que ces manifestations, officiellement organisées en solidarité avec Ceuta, se sont transformées en critiques contre la gestion de la crise par le gouvernement.

Ce que ça pourrait changer

La publication du rapport a exacerbé les tensions politiques en Espagne. Le journal conservateur *El Mundo* a estimé que le gouvernement était *dos au mur* face à l’opinion publique. Le quotidien a exigé la démission immédiate du ministre de l’Intérieur, accusant le gouvernement soit d’incompétence, soit de mensonge. Même le journal progressiste *Público* a reconnu que la rhétorique du gouvernement pour exonérer le Maroc n’était plus crédible. Les migrants sont devenus un enjeu politique, leur situation étant instrumentalisée dans les débats géopolitiques entre l’Espagne et le Maroc.

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