Des villes californiennes plongent lentement sous le niveau de la mer, révèle une nouvelle étude
L'affaissement des sols en Californie, accentué par l'activité humaine, aggrave la montée des eaux et met en péril les infrastructures côtières..
Les projections classiques de la montée des eaux se basent sur deux facteurs principaux : la fonte des glaciers et la dilatation thermique des océans. Pourtant, une variable souvent négligée influence aussi le niveau de la mer localement : les mouvements verticaux du sol. En Californie, certaines zones s’enfoncent tandis que d’autres se soulèvent, sous l’effet de processus naturels ou humains. Ces variations modifient localement l’élévation réelle de la mer par rapport aux terres. Une étude récente, menée par le Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la NASA et la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), montre que ces mouvements peuvent amplifier considérablement les risques d’inondations et d’intrusion d’eau salée d’ici 2050. Pour mesurer ces déformations, les chercheurs ont utilisé des satellites comme Sentinel-1 de l’Agence spatiale européenne et des données GNSS (système de positionnement par satellite) terrestres.
Dans la baie de San Francisco, des villes comme San Rafael, Corte Madera, Foster City et Bay Farm Island s’enfoncent à un rythme supérieur à 10 millimètres par an. Ce phénomène, appelé subsidence, est principalement causé par la compaction naturelle des sédiments, un processus amplifié par l’urbanisation et l’exploitation des ressources souterraines. Dans certaines zones, comme les terres artificielles de San Francisco, la subsidence est si rapide qu’elle dépasse même la montée du niveau marin. Selon les projections, ces secteurs pourraient subir une élévation relative de la mer de 45 centimètres d’ici 2050, soit plus du double des estimations basées uniquement sur les marégraphes. À Los Angeles et San Diego, l’exploitation des hydrocarbures et le pompage des nappes phréatiques provoquent aussi un affaissement irrégulier du sol, créant des incertitudes de 40 centimètres dans les projections. Ces variations compliquent la planification des infrastructures côtières.
Contrairement aux zones en subsidence, certaines parties de la Californie connaissent un soulèvement du sol. Par exemple, le bassin aquifère de Santa Barbara remonte progressivement depuis 2018 grâce à la recharge naturelle de ses nappes phréatiques. À Long Beach, l’exploitation pétrolière entraîne des fluctuations du niveau du sol, avec des phases d’élévation suivies parfois d’un affaissement brutal lorsque les pressions souterraines varient. Cependant, ces élévations ne sont pas toujours stables et peuvent interagir avec l’érosion ou les tempêtes, modifiant l’exposition des côtes aux risques naturels. Les chercheurs soulignent que ces mouvements verticaux restent imprévisibles et peuvent changer rapidement, rendant la planification urbaine complexe.
Outre la subsidence liée à l’exploitation des ressources, d’autres phénomènes naturels aggravent les risques côtiers en Californie. Dans les montagnes de Big Sur et sur la péninsule de Palos Verdes, des glissements de terrain lents (mouvements imperceptibles de quelques millimètres par an) déstabilisent les infrastructures, surtout après de fortes pluies. Les marais et lagunes, comme ceux de la baie de San Francisco ou de Monterey, s’enfoncent aussi à cause de l’érosion et des dynamiques sédimentaires, réduisant leur rôle de barrière naturelle contre les inondations. Avec la montée des eaux et l’intensification des tempêtes, ces zones deviennent de plus en plus vulnérables. Benjamin D. Hamlington, spécialiste du niveau de la mer, avertit que ces processus accélèrent la perte de littoral et menacent les écosystèmes et les infrastructures.
Pour mieux anticiper ces risques, le projet *OPERA* (*Observational Products for End-Users from Remote Sensing Analysis*), dirigé par le JPL, fournit des cartes détaillées des mouvements du sol en Californie. Ces données aident les autorités locales à planifier l’aménagement du territoire. Une amélioration majeure est attendue avec le lancement de la mission *NISAR* (NASA-ISRO Synthetic Aperture Radar), qui promet une précision accrue. William Sweet, co-auteur de l’étude, explique que ces nouvelles données permettront de mieux anticiper les impacts de la montée des eaux et d’adapter les stratégies d’atténuation. En intégrant les mouvements du sol dans les projections, les chercheurs espèrent éviter des sous-évaluations coûteuses pour les infrastructures côtières.

