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Selon cette étude, nous empruntons le même chemin que la pire extinction de masse que la Terre ait jamais connue

Presse-Citron · mis à jour il y a 16 j

Elle fut l'hécatombe la plus dévastatrice de l'histoire de la Terre, celle qui a bien failli rayer toute vie des océans. À peine 4 % des espèces marines y ont réchappé, sur une planète qui se réchauffait alors de 8 à 12 °C : comment cette poignée de rescapés a-t-elle pu résister au cataclysme ?.

L'extinction Permien-Trias

Il y a 252 millions d’années, la Terre a connu l’extinction Permien-Trias, surnommée The Great Dying (« la grande mort » en anglais), la pire catastrophe biologique de son histoire. Cet événement a entraîné la disparition de 96 % des espèces marines et 70 % des animaux terrestres. Il a été provoqué par des éruptions volcaniques massives en Sibérie, appelées Trapps de Sibérie, qui ont libéré d’énormes quantités de dioxyde de carbone (CO₂) et de méthane (CH₄), deux gaz à effet de serre. Ces gaz ont fortement réchauffé l’atmosphère et les océans, rendant les conditions de vie impossibles pour la plupart des espèces. Les scientifiques estiment que la température des océans a augmenté de 8 à 12 °C en quelques millénaires, un bouleversement climatique sans précédent.

Les survivants de l'extinction

Parmi les rares espèces ayant survécu à l’extinction Permien-Trias, on trouve des poissons, des palourdes, des escargots, des moules et des oursins. Ces animaux possédaient des adaptations physiologiques leur permettant de résister à un environnement devenu hostile. Contrairement aux espèces qui ont disparu, comme les brachiopodes (des animaux marins à coquille) ou les crinoïdes (des lis de mer), ces survivants avaient des branchies capables de capter l’oxygène même dans une eau appauvrie. Leur circulation sanguine était également plus efficace, leur permettant de supporter les chocs de chaleur et de manque d’oxygène. Une étude récente de l’Université de Stanford, publiée dans la revue PNAS, confirme que la capacité métabolique des organismes a été le facteur clé de leur survie.

Océans et réchauffement actuel

Les océans actuels subissent une surchauffe similaire à celle observée lors de l’extinction Permien-Trias. Selon les projections les plus pessimistes, la température mondiale pourrait augmenter de 1,5 à 4 °C d’ici 2100 par rapport aux niveaux préindustriels. Cette hausse est principalement due à l’émission de gaz à effet de serre d’origine humaine, comme le CO₂. Les océans, en absorbant une partie de ce CO₂, s’acidifient et perdent leur capacité à retenir l’oxygène, un phénomène appelé hypoxie. Les espèces marines doivent donc s’adapter à un rythme accéléré, alors que les changements du Permien se sont étalés sur des milliers d’années. Erik Anders Sperling, co-auteur de l’étude, souligne que la Terre suit une trajectoire similaire à celle du Permien-Trias dans les scénarios les plus défavorables.

Points de non-retour

Plusieurs phénomènes irréversibles ou quasi irréversibles sont déjà en cours ou sur le point de l’être, selon l’article. Parmi eux, la mort des récifs coralliens due au réchauffement des eaux, la fonte irréversible de la calotte glaciaire du Groenland, la déstabilisation de la calotte de l’Antarctique de l’Ouest, le dégel accéléré du pergélisol arctique, la disparition des glaciers alpins et la perturbation de l’AMOC (la circulation océanique dans l’Atlantique Nord). Ces changements auront des conséquences durables sur les écosystèmes et les conditions de vie, même si des mesures sont prises pour limiter le réchauffement. L’article précise que la Terre se remettra de ces bouleversements, comme elle l’a toujours fait, mais que les conditions nécessaires à la survie de l’humanité pourraient être durablement altérées.

Ce que ça pourrait changer

L’étude de Stanford établit un parallèle entre la situation actuelle et celle du Permien-Trias. Dans les deux cas, une injection massive de CO₂ dans l’atmosphère a provoqué un réchauffement climatique brutal, une acidification des océans et une perte d’oxygène dans les eaux. Cependant, les changements actuels sont plus rapides et plus intenses que ceux du Permien, car ils sont causés par l’activité humaine sur quelques décennies, contre plusieurs millénaires pour les éruptions volcaniques. Les chercheurs soulignent que comprendre comment la Terre a réagi lors de l’extinction Permien-Trias peut aider à anticiper les conséquences du réchauffement actuel. Sperling insiste sur l’urgence d’agir, tout en reconnaissant que de nombreux points de non-retour ont déjà été franchis.

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