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Environnement

Sur Vinted, un business de revente de vêtements importés d'Asie

Reporterre · mis à jour il y a 15 j

Des utilisateurs de la plateforme Vinted revendent des vêtements d'occasion importés par lot d'Asie voire des vêtements neufs d'ultra-fast-fashion. Ce business d'achat-revente a moult adeptes, et ces offres ne sont pas toujours faciles à détecter pour les acheteurs.

Vinted, un marché mondial

La plateforme Vinted, spécialisée dans la revente de vêtements d’occasion, est devenue un espace où des utilisateurs achètent et revendent des lots de vêtements importés d’Asie. Ces vêtements, souvent neufs ou issus de l’ultra-fast-fashion, sont achetés en gros par des revendeurs qui les revendent ensuite à l’unité. Par exemple, des lots de 22 t-shirts Nike peuvent être achetés pour 91 euros ou 16 pulls de Noël Y2K pour 192 euros, avec une livraison promise sous 20 à 27 jours. Ces circuits d’approvisionnement, souvent méconnus des acheteurs, soulèvent des questions sur l’impact environnemental de la plateforme. Les vêtements parcourent parfois des milliers de kilomètres, avant d’être revendus en Europe, ce qui interroge leur réelle contribution à une économie circulaire.

Écosystème du revente

Un écosystème s’est développé autour de la revente sur Vinted, avec des influenceurs partageant des conseils pour maximiser les profits. Des plateformes comme Fleek ou des grossistes pakistanais proposent des lots de vêtements en petite quantité, facilitant l’accès à ce business. Par exemple, la marketplace Fleek permet d’acheter des lots de 22 t-shirts Nike pour 91 euros ou 16 pulls de Noël Y2K pour 192 euros. Les revendeurs, comme Aurel ou Corentin (alias Coco Duc), se fournissent en Asie ou dans des pays comme le Pakistan, l’Inde ou les Émirats arabes unis. Ces circuits, bien que légaux, transforment Vinted en un marché mondialisé, où les vêtements font parfois plusieurs allers-retours entre continents avant d’être revendus.

Débat sur l'écologie

L’impact écologique de ces pratiques est controversé. Certains revendeurs, comme Corentin, défendent que ces vêtements évitent d’être jetés ou exportés vers des décharges en Afrique. Cependant, des associations comme Oxfam critiquent cette logique, soulignant que la seconde main est captée par des logiques de marché. Le rapport d’Oxfam publié en septembre 2026 met en garde contre la marchandisation de la seconde main, qui perd son sens écologique et solidaire. Vinted, bien que se présentant comme une plateforme collaborative, encourage des pratiques qui éloignent de l’économie circulaire, en favorisant la surconsommation et les transports internationaux.

Risques et fraudes

Certains revendeurs vont jusqu’à acheter des vêtements neufs sur des plateformes comme Shein ou Temu pour les revendre plus cher sur Vinted, en les faisant passer pour des pièces vintage. Des outils d’intelligence artificielle sont parfois utilisés pour tromper les acheteurs, en générant des photos réalistes ou en reproduisant des angles de vue identiques. Pour détecter ces fraudes, les utilisateurs doivent vérifier des détails comme la cohérence des tailles ou la diversité des photos. Vinted interdit ces pratiques et traque les comptes proposant majoritairement des articles neufs ou des lots identiques, mais les vagues de blocages (bans) sont fréquentes et critiquées pour leur manque de précision.

Professionnalisation des utilisateurs

Vinted pousse les utilisateurs à adopter des pratiques professionnelles pour maximiser leurs ventes. La plateforme récompense la rapidité de réponse aux acheteurs et la mise en vente régulière de nouveaux articles, avec des badges comme Dressing au top. Des outils numériques sont utilisés pour optimiser les achats et les ventes, transformant les utilisateurs en entrepreneurs. Par exemple, des comptes proposent des méthodes payantes pour sourcer des produits neufs en Chine, avec des marges bien supérieures à celles de la seconde main. Cette professionnalisation éloigne Vinted de son objectif initial de consommation collaborative, en favorisant une logique de marché et de profit.

Ce que ça pourrait changer

Vinted se défend en affirmant que son modèle repose sur la transmission d’objets inutilisés, tout en autorisant les activités commerciales sous certaines conditions. Les revendeurs doivent s’enregistrer en tant que membres *Pro* pour respecter les obligations légales. Cependant, la plateforme est critiquée pour son incapacité à lutter efficacement contre les dérives, comme la revente de vêtements neufs ou les pratiques trompeuses. Selon Oxfam, les plateformes comme Vinted ont intérêt à maximiser les transactions plutôt qu’à réduire la consommation de textile. La chercheuse Élodie Juge qualifie même Vinted de « triomphe du néolibéralisme », soulignant l’écart entre son discours et ses pratiques réelles.

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