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Philosophie

Manifeste des intellectuel·les arabes contre la normalisation avec Israël et pour le droit des peuples arabes à l’autodétermination

Contretemps · mis à jour il y a 19 j

Alors que les autorités libanaises ont conclu un accord avec l’Etat colonial d’Israël, piétinant la souveraineté libanaise ainsi que le droit de résistance du Hezbollah, plus de 200 intellectuel·les arabes joignent leurs voix pour affirmer l’unité arabe contre la normalisation avec Israël, le soutien aux résistances qui luttent contre le colonialisme israélien, et le droit à l’autodétermination des peuples arabes. Rassemblant des universitaires, journalistes et dirigeants politiques de premier plan, issu·es des quatre coins du monde arabe, ce manifeste représente une intervention politique d’une grande importance.

Contexte historique

L’article s’inscrit dans une histoire coloniale longue de la région arabe, marquée par des événements comme le congrès de Berlin (1878), les accords Sykes-Picot (1916) et la déclaration de Balfour (1917). Ces accords ont façonné le partage des territoires arabes au profit des puissances occidentales. L’auteur souligne que la fragmentation des États arabes et leur domination par l’impérialisme sont des héritages directs de cette période. Par exemple, la déclaration de Balfour promettait un « foyer national juif » en Palestine, sans consulter les populations locales, illustrant une logique de domination où les terres et les droits sont livrés aux intérêts étrangers. Cette histoire explique pourquoi les peuples arabes voient aujourd’hui les accords de normalisation avec Israël comme une continuation de cette oppression coloniale, où leurs dirigeants agissent contre la volonté populaire.

Accords de normalisation

Les Accords d’Abraham (signés en 2020) ont marqué un tournant en normalisant les relations entre Israël et cinq pays arabes (Émirats arabes unis, Bahreïn, Soudan, Maroc, et plus tard d’autres). En juin 2026, un accord-cadre a été signé entre le Liban et Israël sous l’égide des États-Unis, formalisant une relation de soumission plutôt qu’une paix équitable. L’article dénonce ces accords comme des capitulations déguisées en diplomatie. Par exemple, le jour même de la signature de l’accord avec le Liban, l’armée israélienne frappait encore le territoire libanais, révélant l’absence de réciprocité. Ces textes sont présentés comme des traités de paix, mais ils légitiment en réalité l’expansionnisme israélien et l’hégémonie américaine dans la région, au détriment des droits des peuples arabes.

Projet du Grand Israël

Le projet du « Grand Israël » est une doctrine expansionniste israélienne visant à redessiner les frontières de l’État d’Israël au-delà de celles de 1948, incluant le Liban, la Jordanie et la Syrie. Ce projet, évoqué par des responsables israéliens, est présenté comme une réponse à des menaces sécuritaires, mais il s’agit en réalité d’une ambition territoriale et coloniale. Par exemple, des ministres israéliens ont revendiqué des plans de colonisation pour le Sud-Liban ou la revendication du fleuve Litani comme nouvelle frontière. Ce projet s’inscrit dans une logique de domination régionale, où Israël joue un rôle clé pour les États-Unis, notamment via des initiatives comme le corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe (IMEC), annoncé en 2023. Ce corridor vise à renforcer l’influence américaine face à la Chine, en faisant d’Israël un nœud géographique indispensable.

Droit à l’autodétermination

Le droit à l’autodétermination est un principe fondamental du droit international, reconnu par la Charte des Nations Unies, qui garantit aux peuples le droit de choisir librement leur statut politique et leur développement économique. L’article rappelle que ce droit s’applique aux peuples arabes, notamment palestiniens et libanais, confrontés à l’occupation étrangère et à des régimes collaborateurs. Par exemple, le peuple palestinien revendique le droit au retour des réfugiés de 1948 et 1967, ainsi que la fin de la colonisation israélienne. Ce droit est souvent bafoué par des accords de normalisation, où des dirigeants arabes sacrifient les aspirations populaires pour des intérêts géopolitiques. L’article souligne que toute négociation doit respecter ce droit, sous peine de légitimer une paix inégale.

Rôle des intellectuel·les

Les signataires du manifeste, des intellectuel·les et militant·es arabes, rejettent l’idée d’une neutralité neutre dans le conflit israélo-palestinien. Ils s’inspirent de figures comme Ghassan Kanafani ou Bassel Al-Araj, qui ont défendu l’idée que les intellectuel·les des sociétés colonisées ne peuvent rester neutres sans servir les intérêts des oppresseurs. Leur rôle est de porter la voix des peuples en résistance, plutôt que de traduire leurs revendications dans un langage acceptable pour les bourreaux. L’article critique une solidarité internationale symbolique, où les gouvernements se contentent de condamnations diplomatiques sans remettre en cause l’ordre impérialiste. Par exemple, les campagnes de sensibilisation ou l’aide humanitaire sont jugées insuffisantes si elles ne s’attaquent pas aux causes structurelles de l’oppression.

Ce que ça pourrait changer

Le manifeste formule cinq revendications clés. **Premièrement**, le refus de toute normalisation avec Israël, jugée comme une reddition déguisée, comme l’ont montré les **accords d’Oslo** dans les années 1990. **Deuxièmement**, la dénonciation du projet du « Grand Israël », considéré comme une menace existentielle pour la région. **Troisièmement**, l’affirmation du droit à l’autodétermination pour les peuples arabes, incluant la libération des prisonniers politiques et le retour des réfugiés. **Quatrièmement**, le rejet d’une solidarité internationale purement symbolique, qui ne remet pas en cause les structures de domination. **Cinquièmement**, la responsabilité des intellectuel·les arabes à porter ces revendications sans édulcorer les messages de résistance. Ces revendications visent à briser le cycle des compromis honteux et à identifier clairement la menace centrale : l’expansionnisme israélien et l’impérialisme occidental.

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