« Ils nous chassent de l'océan » : en Afrique du Sud, les pêcheurs autochtones menacés par l'industrie pétrolière
À Port Nolloth, en Afrique du Sud, les pêcheurs autochtones avaient obtenu en 2012 une politique de pêche pionnière. Douze ans plus tard, les quotas se réduisent et les projets pétroliers menacent leur survie.
En Afrique du Sud, les communautés autochtones de pêcheurs, notamment les Khoisan et les Mfengu, voient leurs moyens de subsistance menacés par l'expansion de l'industrie pétrolière et gazière. Ces populations, qui dépendent depuis des générations de la pêche artisanale pour leur alimentation et leur économie locale, se retrouvent en conflit avec des projets d'exploration et d'exploitation offshore. Le gouvernement sud-africain a accordé des permis d'exploration à des entreprises internationales, malgré les protestations des communautés locales. Ces permis couvrent des zones côtières riches en ressources halieutiques, essentielles pour ces pêcheurs. L'Afrique du Sud, membre des BRICS depuis 2011, cherche à développer son secteur énergétique pour stimuler sa croissance économique, mais cette stratégie entre en contradiction avec les droits des populations autochtones et la préservation de leur patrimoine culturel et environnemental.
Les pêcheurs autochtones craignent que les activités pétrolières ne perturbent leurs zones de pêche traditionnelles, réduisant ainsi leurs prises de poissons, crustacés et autres ressources marines. Les études d'impact environnemental, souvent critiquées pour leur manque de transparence, minimisent les risques selon les communautés locales. Les techniques d'exploration, comme la sismique marine, utilisent des ondes sonores puissantes qui peuvent désorienter ou tuer les espèces marines, affectant directement les stocks de poissons. Les pêcheurs rapportent déjà une baisse de leurs captures depuis le début des explorations, sans que les autorités ne leur fournissent d'explications claires. Leur accès aux zones côtières pourrait également être restreint par des zones d'exclusion liées aux projets pétroliers, les privant de leurs territoires de pêche ancestraux.
Plusieurs entreprises internationales, dont des géants comme Shell et TotalEnergies, sont impliquées dans des projets d'exploration pétrolière au large des côtes sud-africaines. Ces sociétés obtiennent des permis d'exploration du ministère sud-africain des Minerals and Energy, qui supervise l'attribution des ressources naturelles du pays. Les entreprises justifient leurs activités par la nécessité de diversifier le mix énergétique de l'Afrique du Sud et de réduire sa dépendance au charbon, tout en créant des emplois et en stimulant l'économie locale. Cependant, les communautés autochtones dénoncent un manque de consultation préalable et un déséquilibre entre les bénéfices économiques promis et les risques environnementaux et sociaux encourus. Les contrats signés entre l'État et ces entreprises restent souvent opaques pour les populations locales.
Face à cette menace, les pêcheurs autochtones se sont organisés pour défendre leurs droits, notamment à travers des associations comme Masifundise Development Trust et Coastal Links. Ces groupes militent pour une reconnaissance légale de leurs droits coutumiers sur les zones marines et pour une participation aux décisions concernant les projets pétroliers. En 2022, des manifestations ont eu lieu à Cape Town et dans d'autres villes côtières, rassemblant des centaines de pêcheurs et de sympathisants. Les militants dénoncent également le manque de soutien des institutions nationales et internationales, malgré les engagements pris par l'Afrique du Sud en matière de droits des peuples autochtones et de protection de l'environnement. Leur lutte s'inscrit dans un mouvement plus large de résistance contre l'extractivisme en Afrique.
Le conflit oppose les pêcheurs autochtones à l'État sud-africain, qui défend les projets pétroliers au nom de la croissance économique et de la transition énergétique. Cependant, ces projets pourraient violer plusieurs lois et traités internationaux ratifiés par l'Afrique du Sud, comme l'*Accord de Paris sur le climat* ou la *Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones*. Les pêcheurs s'appuient sur ces textes pour contester la légalité des permis accordés, mais les procédures judiciaires sont longues et coûteuses. En 2021, un tribunal sud-africain a suspendu temporairement un projet d'exploration de Shell après une plainte déposée par des associations environnementales, mais les décisions définitives restent rares. Le gouvernement, sous pression, a promis des consultations plus inclusives, sans que des mesures concrètes ne soient encore visibles.

