«Raclette»: funestes bacchanales
Une rencontre entre amis avortée expose la vacuité de l’existence de ses hôtes..
En automne 2026, la dramaturge québécoise Camille Giguère-Côté propose deux pièces sur les scènes montréalaises. L’une d’elles, Raclette, est actuellement jouée en formule 5 à 7 au théâtre La Licorne. L’autre, Juste des bonhommes qui bougent, devait être présentée en septembre à la salle Jean-Claude-Germain du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, mais son lancement a été annulé faute de financement. Les deux textes explorent des thèmes existentiels à travers un humour mi-absurde, mi-caustique, où des personnages désorientés tentent de donner un sens à leur vie. Giguère-Côté a également publié deux autres œuvres : Le show beige en 2021 et Juste des bonhommes qui bougent chez Atelier 10.
La pièce Raclette met en scène un couple de trentenaires en couple depuis une quinzaine d’années. Leur relation, qualifiée de tiède, ne parvient pas à les combler, pas plus que les stratégies qu’ils utilisent pour se valoriser, comme se moquer de leurs amis ou organiser des paris à leur sujet. Lors d’une soirée raclette, un rituel récurrent, les invités disparaissent soudainement. Les deux hôtes tentent alors de comprendre les raisons de cette défection en récapitulant les dernières rencontres. Le titre fait référence à ce plat traditionnel québécois, symbole de convivialité, mais aussi à une métaphore de la vacuité des relations sociales modernes.
La pièce est mise en scène par Marc-André Thibault, directeur artistique du Théâtre Bistouri, avec deux comédiens, Clémence Lavallée et Christophe Payeur, qui incarnent à eux seuls les deux hôtes et leurs quatre invités. Leur interprétation, bien que fidèle aux traits des personnages, est jugée caricatural et fastidieuse par la critique. Le texte souligne que pour qu’une comédie fonctionne, les personnages doivent être pris au sérieux par les acteurs, ce qui n’est pas le cas ici. Le public peine alors à créer un lien d’empathie avec les protagonistes, limitant ainsi l’impact émotionnel et comique de la pièce. Cependant, cette distribution réduite s’adapte parfaitement à l’espace restreint de la salle de répétition de La Licorne.
La scénographie, conçue par Carol-Anne Bourgon Sicard, repose sur une table verticale où sont fixés les accessoires nécessaires à la préparation de la raclette ainsi que des pièces de jeux. Ce dispositif ingénieux permet de condenser l’action dans un espace limité, tout en renforçant l’aspect ritualisé et répétitif des soirées décrites dans la pièce. Cette approche visuelle contribue à l’atmosphère oppressante et désorientante qui caractérise l’univers de Raclette.
Camille Giguère-Côté est saluée pour son *langage vif et mordant*, ainsi que pour sa capacité à traduire avec justesse les états d’âme de ses contemporains, notamment leur *égarement* et leur quête de sens. Cependant, *Raclette* est considéré comme moins abouti que *Le show beige*, publié en 2021, en raison de son approche plus *explicite* et moins métaphorique. Malgré cela, la pièce reste une œuvre qui suscite l’intérêt pour son traitement original de thèmes universels, et l’autrice est déjà attendue pour sa prochaine création.

