Au Chili, “une Constitution de la sécurité” pour combattre le crime et toute contestation
Pour combattre l’insécurité, le président ultraconservateur José Antonio Kast entend réformer la Constitution et faire approuver un paquet de mesures controversé. La création d’un nouvel “état d’exception” de 240 jours suspendant les libertés publiques inquiète la presse mais recueille le soutien d’une majorité des Chiliens..
Le Chili est dirigé depuis 2026 par José Antonio Kast, un président classé à l'extrême droite et connu pour ses positions ultraconservatrices. Son gouvernement a déjà réussi à faire adopter en moins de trois mois des réformes économiques majeures. Désormais, il propose une nouvelle réforme constitutionnelle centrée sur la sécurité publique. Cette initiative s'inscrit dans un contexte où l'insécurité est perçue comme un enjeu majeur par une partie de la population chilienne. Kast mise sur une approche autoritaire pour répondre à ce défi, ce qui suscite à la fois des soutiens et des critiques dans le pays.
Le projet de réforme constitutionnelle déposé par Kast au Sénat chilien en août 2026 comprend huit mesures phares. Parmi elles, la reconnaissance de la sécurité publique comme un devoir constitutionnel de l'État, ce qui signifie que l'État chilien aurait une obligation légale de garantir la sécurité des citoyens. Une autre proposition prévoit le déploiement de l'armée pour des tâches de maintien de l'ordre, une mesure qui pourrait transformer le rôle des forces armées dans la société. Le texte inclut également la création d'un registre des organisations criminelles et terroristes, ainsi qu'un délit d'appartenance à ces groupes, ce qui pourrait faciliter la répression des activités illégales.
La mesure la plus débattue est la création d'un nouvel état d'exception en matière de sécurité publique. Ce dispositif permettrait au président chilien de suspendre ou de restreindre plusieurs droits fondamentaux pour une durée initiale de 120 jours, renouvelable. Concrètement, cela inclurait la suspension de la liberté individuelle, de la liberté de circulation, du droit de réunion, ainsi que la possibilité d'intercepter, d'ouvrir ou de fouiller des documents sans autorisation judiciaire préalable. Ce mécanisme s'appliquerait en cas de grave atteinte à la sécurité publique résultant de l'action d'organisations criminelles.
Cette réforme constitutionnelle divise l'opinion publique chilienne. D'un côté, une majorité de Chiliens soutiennent ces mesures, perçues comme un moyen de lutter contre la criminalité qui touche le pays. De l'autre, la presse locale et certains observateurs s'inquiètent des risques pour les libertés publiques et les droits fondamentaux. Le projet de réforme a été présenté comme une réponse à une situation d'urgence, mais il soulève des questions sur l'équilibre entre sécurité et démocratie. Kast mise sur ce soutien populaire pour faire adopter rapidement ces changements, malgré les critiques des défenseurs des droits humains.
Le Chili, pays d'Amérique du Sud de 19 millions d'habitants, traverse une période de tensions sociales et politiques. La réforme proposée par Kast intervient dans un contexte où la criminalité est perçue comme un problème croissant, notamment dans les grandes villes comme Santiago. Le gouvernement justifie ces mesures par la nécessité de rétablir l'ordre et la sécurité, mais elles s'inscrivent aussi dans une stratégie plus large de renforcement du pouvoir exécutif. Cette initiative pourrait marquer un tournant dans l'histoire politique récente du pays, en redéfinissant les rapports entre l'État, les citoyens et les institutions.

